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GoodMecano.com : fausse gratuité et vraie dérive

La nouvelle plateforme digitale GoodMecano.com veut relier l’automobiliste ayant acheté ses pièces sur internet et le pro prêt à les monter sur son véhicule. Mais derrière la modernité de l’offre, la même réalité affleure. Les prestataires recherchés par le site sont avant tout les auto-entrepreneurs et les blackeurs. Sans compter que la gratuité promise au pro est en fait… payante, ce que le site vient de reconnaître dans un tardif erratum…

Les quelque 25 communiqués de presse reçus quotidiennement par notre rédaction constituent toujours autant de moments privilégiés pour réfléchir sur notre beau mais exigeant métier de journaliste. Il existe certes encore des communicants qui recherchent un louable équilibre entre l’attente d’éclaircissements informatifs des rédactions destinataires et celle, plus logiquement commerciale, espérée de leurs entreprises clientes.

Qu’ils en soient ici d’autant plus vivement remerciés que d’autres prennent trop souvent le risque d’instrumentaliser les journalistes en leur délivrant des messages qui occultent à dessein certains détails ou les escamotent éhontément.

Étonnantes promesses de GoodMecano

C’est par exemple le cas du récent communiqué de la toute jeune start-up GoodMecano.com. Sur le papier, que du bonheur partagé. Sur une idée apparemment pleine de bon sens, cette énième plateforme d’intermédiation cherche à rapprocher le client automobiliste désargenté et le réparateur en mal de fréquentation atelier. Une fois acheté sa pièce sur internet, le consommateur peut effectivement avoir besoin de trouver un pro capable de la poser correctement.

Reste que notre attention a été attirée par quelques affirmations martelées par le communiqué de presse de la plateforme. Cette trop belle promesse tout d’abord : «GoodMecano est totalement gratuit et sans engagement pour les professionnels de la réparation automobile, qui ne reversent aucune commission.»

La «totale gratuité» de GoodMecano est en fait… payante

Mais comme le communiqué ne parle pas non plus d’une contribution du client automobiliste, nous avons cherché à comprendre comment diable cette belle idée pourrait in fine devenir miraculeusement rémunératrice, surtout au terme des coûteuses «trois années de développement avant sa mise en ligne le 6 mars 2018».

Nous avons trouvé nos réponses dans la longue liste de sa foire aux questions (cliquer sur ce lien, puis sur «faq»). A la ligne «GoodMecano prélève-t-il une commission sur mes revenus générés ?», voilà ce que le site précise au professionnel qui prend le temps de l’explorer : «Notre service est gratuit pour vous, c’est le client qui paye la commission (de l’ordre de 15% à 20%). Un abonnement de visibilité est toutefois obligatoire, vous payez un abonnement mensuel suivant votre statut juridique».(*) Cet « oubli » initial de son communiqué, GoodMecano vient d’ailleurs de le reconnaître dans un tardif erratum (voir en fin de cet article).

Car si les 3 premiers mois d’inscription sont effectivement offerts, la gratuité promise devient effectivement vite relative. «Ensuite, poursuit GoodMecano, il vous sera demandé :

  • 15€ HT par mois pour un garage ;
  • 30€ HT par mois pour un travailleur indépendant ;
  • 30€ HT par mois pour un auto-entrepreneur ;
  • 40€ HT par mois pour un particulier» (!).
Les « semi-pros » et blackeurs pour cibles

Cette liste a montré que nous avions raison de considérer cet autre contenu du communiqué comme également suspect. Car à n’évoquer que «des garages, des mécaniciens et de carrossiers» supposant pignon sur rue, l’argumentaire de la plateforme d’intermédiation a bien omis de préciser les vraies cibles prioritaires de son site. A savoir, le garage classique bien sûr, mais aussi et surtout ce travailleur indépendant et cet auto-entrepreneur (ceux qu’on appelle pudiquement les «semi-pros»), sans oublier ce surprenant «particulier» qui n’est autre que le bon vieux “blackeur”.

A la lumière en tout cas de la progressivité des abonnements qui leur seront facturés (de 15€/mois pour un vrai pro à 40€/mois pour un “particulier-blackeur”, en passant par 30€/mois pour les “indépendants” ou auto-entrepreneurs), c’est bel et bien de ces trois dernières catégories « grises » que GoodMecano semble espérer la plus lucrative “rémunération gratuite”. Une rapide visite de son site facebook et des principaux thèmes abordés a achevé de nous en convaincre.

Dans ses CGU pourtant, le site explique pouvoir exiger SIRET ou KBIS valides et copie des assurances couvrant l’ensemble des risques professionnels. Il existerait donc des particuliers particulièrement prévoyants qui, en outre, s’immatriculent au registre du commerce par simple coquetterie ?

Éternelles réalités

Bref : le réparateur avec atelier officiel qui s’inscrit sur GoodMecano sait maintenant qu’il doit augmenter sa prestation de 15 à 20% s’il veut garder sa rémunération intacte. Mais qu’il conserve aussi à l’esprit qu’il a toutes les chances d’être disqualifié par un voisin auto-entrepreneur, travailleur indépendant ou blackeur qui sera toujours moins cher que lui… et bienvenu sur GoodMecano.com.

Les autres plateformes qui s’imposent de n’habiliter que des pros purs et durs apprécieront à sa juste valeur cette nouvelle concurrente. En 2013 déjà, nous dénoncions la promotion qu’internet fait trop souvent de ces réparateurs low-cost qui, en marge de toutes les obligations et garanties qui s’imposent aux prestations officielles d’atelier, concurrencent trop souvent déloyalement les professionnels qui investissent, se forment et assument salaires, charges et taxes (voir «Ateliers : quand un site d’annonces fait la promo du travail au noir…)».

Profiter légalement de prestations occultes

GoodMecano vient nous démontrer qui si l’offre sur internet se drape à l’envi de modernité digitale, elle peut toujours recéler les mêmes excès. Mais tant que l’intermédiation entre blackeurs et automobilistes ne sera pas assimilée à du travail clandestin, pourquoi faudrait-il se priver de prélever légalement commissions et abonnements sur une prestation pourtant facturée de façon illégale ?

Idée transmise aux organisations professionnelles soucieuses de l’intérêt de leurs adhérents réparateurs…

(*) Précision postérieure à la mise en ligne de cet article

NdlR: suite à cet article qui visiblement ne lui a pas plu, GoodMecano s’est immédiatement empressé de revisiter cette partie sensible concernant la “gratuité payante” pour les professionnels. Il vient d’ailleurs de publier un erratum qui confirme notre analyse.
Dorénavant, il précise que ce ne sera qu’à partir du 1er janvier 2019 et non plus après 3 mois que le professionnel paiera son abonnement. Et ce dernier ne sera plus déclenché qu’à partir de 1 000 euros de CA réalisés sur la plateforme d’intermédiation.
Reste que, initialement imposé après 3 mois ou maintenant reporté au 1er janvier prochain, dès le 1er euro ou maintenant seulement à partir du 1 000ème, un abonnement payant restera toujours un abonnement payant. GoodMecano ne peut donc plus affirmer que «
[son] service est gratuit pour [le professionnel]».
Saluons tout de même l’effort de l’erratum, même si nous restons convaincus que, sans notre article, ce louable correctif n’aurait peut-être jamais vu le jour
. Mais alle
: faute avouée est (à moitié) pardonnée…

 

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2 Commentaires concernant “GoodMecano.com : fausse gratuité et vraie dérive”

  1. Bonjour Après-vente-auto,
    Nous avons envoyé un erratum à notre communiqué de presse du 19/03/2018 ce jour (26/03/2018) à 10h30 (https://www.am-today.com/article/goodmecano-precisions-sur-la-gratuite), dans lequel nous indiquons que notre service est bien gratuit et le restera jusqu’au 1er Janvier 2019.
    Nous serons heureux de répondre à toutes vos questions, n’hésitez pas à nous contacter 😉

    NdlR: GoodMecano a fait un louable mais tardif erratum qui lui permet de s’affranchir en partie du mensonge par omission de son communiqué initial qui proclamait la gratuité totale de ses services, ce qui a trompé plusieurs supports de presse et, possiblement, leurs lecteurs, qu’ils soient professionnels ou consommateurs.
    Car deux ambiguïtés demeurent :
    1) Le caractère payant. En fait initialement facturé au pro après trois mois de présence gratuite, l’abonnement payant à ses services est maintenant opportunément reporté au 1er janvier 2019 et ne se déclenchera qu’à partir de 1000 € de CA (voir encadré en fin de notre article ci-dessus), une condition qui n’était pas dans ses CGU avant notre article. Mais dans trois mois ou dans 9, conditionné ou non à un CA minimum, le service sera bel et bien payant.
    2) Les conséquences de son ouverture aux indépendants, aux auto-entrepreneurs et aux « particuliers blackeurs ». Ces trois catégories de prestataires recèlent autant de concurrents déloyaux aux réparateurs ayant pignon sur rue. Le site de GoodMecano qui veut pourtant les accueillir ne peut ignorer que leurs présences disqualifieront systématiquement l’offre tarifaire des prestations mises en ligne par les entreprises « visibles » de l’après-vente qui doivent répercuter dans leurs prix leurs investissements, leurs loyers et leurs multiples charges. Plus agaçant encore: ces acteurs « gris » de l’après-vente n’assument que très rarement assurances et obligation de résultat légalement exigible par le client-automobiliste (voir commentaire ci-dessous). Nous n’avons pas reçu d’erratum sur ce deuxième volet de notre article.

    Mais saluons au moins la spectaculaire tentative de pirouette de l’artiste 😉 …

  2. Autre problème, plus ennuyeux pour le malheureux client: lorsque la pièce casse, qui refait sous garantie le travail? Et pire encore: en cas de malfaçon, qui rembourse le client des dommages?

    NdlR: merci d’avoir prolongé notre analyse avec pertinence!

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