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Contrôle technique annuel dès 6 ans : une mesure sociale pour le CNPA

A travers la conséquente étude réalisée par le Gerpisa pour le CNPA, la branche Contrôle technique de l’organisation professionnelle entend bien argumenter auprès des pouvoirs publics en faveur d’une mesure retoquée l’an dernier : l’annualisation du contrôle technique à partir de 6 ans. Car contrairement aux idées reçues, l’étude en question souligne la faiblesse du surcoût qu’occasionnerait cette annualisation, y compris sur les populations les moins aisées.

Cliquez sur l’image pour télécharger l’étude condensée.

« Nous avons voulu revenir au concret, à l’analyse statistique pour sortir des préjugés : le contrôle technique est un outil pour aider les plus fragiles, son annualisation serait bénéfique à la sécurité de tout le parc et son soi-disant coût social n’est qu’une idée reçue. » Ainsi s’est exprimé Nicolas Bouvier, patron du réseau Dekra en France et, surtout, président de la branche Contrôle technique réseaux du CNPA, au moment de dévoiler les résultats de l’étude commandée au Gerpisa.

Une étude qui vient notamment souligner l’importance du fameux check-up alors qu’il semble mis de côté en termes d’évolutions, véritable parent pauvre de la sécurité routière en comparaison des successives limitations de vitesse, des multiplications des contrôles d’alcoolémie et des radars, notamment. Sans compter les normes environnementales, qu’il pourrait permettre de maintenir si seulement il en avait les outils réglementaires, alors que ce sont bel et bien les plus anciens véhicules, ceux soumis au contrôle annuel car âgés de plus de 8 ans, qui rejettent le plus d’émissions polluantes…

Un ouvrage statistique de poids

Bref, le contrôle technique, garant de la bonne santé du parc, n’est que bien trop peu utilisé selon les professionnels du secteur, et les fédérations qui les représentent. Raison de plus, donc, pour démonter le principal argument contre lui, directement ou indirectement brandi par le Gouvernement depuis plusieurs années : le contrôle technique fait peser un coût trop lourd sur les plus économiquement fragiles des Français. C’est pourquoi il a été fait appel aux services du Gerpisa, notamment de Bernard Jullien, son directeur et conseiller scientifique de la Chaire de management des réseaux du groupe Essca, ainsi que de Yoann Demoli, doctorant en sociologie à Sciences-po Paris et prix du Jeune Auteur du Gerpisa.

« L’objectif était d’évaluer le poids du contrôle technique pour les différentes catégories de ménages selon leur revenu et leur situation géographique et de cerner la contribution du contrôle à la filière aval, explique Bernard Jullien. Ainsi nous avons croisé deux critères : les revenus des ménages, répartis en 5 quintiles, soient 5 parts égales de population selon des niveaux de revenu croissants, et leurs zones d’habitation, définies par l’INSEE, par ordre croissant de densité, du monde rural à l’agglomération parisienne. »

Du poids de l’après-vente…

Sans entrer dans le détail des sources statistiques ayant permis au Gerpisa de déterminer avec précision le portrait du parc roulant des 25 catégories de ménages étudiées (5 quintiles multipliés par 5 zones d’habitation, soient 25 catégories), détail que vous pouvez retrouver dans le dossier téléchargeable en cliquant ici, c’est sur un modèle statistique plus que solide que le Gerpisa s’est appuyé pour construire son étude.

Un modèle qui lui permet d’affirmer, aujourd’hui, qu’il s’effectue 14 millions de visite et 2,8 millions de contre-visites par an, et que, par conséquent, le contrôle technique pèse sur les ménages français, directement ou indirectement, quelque 2,6 milliards d’euros. Dont 1 milliard au titre du chiffre d’affaires réalisé par les centres de contrôle, et 1,6 milliard au titre de l’après-vente, correspondant aux dépenses consenties pour mettre son véhicule en conformité à l’approche de la visite ou suite à une contre-visite.

Le “coût social” en question

« Les dépenses en après-vente, regroupées pour l’ensemble de la population française, s’élèvent à 750 euros et les Français apparaissent égaux à ce titre », souligne Bernard Jullien. Mais c’est plus loin que le modèle statistique du Gerpisa permet d’évaluer le poids réel du contrôle technique sur les ménages… et de relativiser l’idée d’un coût social imposé par celui-ci. Pour l’ensemble des quintiles, le coût aval des véhicules contrôlés –ceux qui sont exempts de contre-visite– s’élève à 59 euros, chiffre qui varie du quintile le plus modeste (67 euros) à celui le plus aisé (51 euros).

Une différence de 16 euros qui s’avère largement supportable, même concédée annuellement par les détenteurs des véhicules les plus âgés, généralement les moins aisés des Français. De quoi relativiser le « coût social », surtout si l’on considère que les véhicules ne nécessitant pas de contre-visite sont les plus nombreux : le taux de véhicules refusés pour l’ensemble des Français n’est que de 0,20 (0,23 pour les Français les plus modestes, 0,18 pour les mieux nantis) Bien sûr, le coût aval des véhicules jugés non-conformes est bien plus élevé, puisqu’évalué à 288 euros pour l’ensemble de la population française. Mais, là encore, l’écart entre les différents quintiles est infime.

En effet, le coût aval d’une voiture refusée au contrôle technique s’élève à 293 euros pour le 1er quintile, celui des ménages aux revenus les plus faibles, et à 284 euros pour le 5ème quintile, celui des ménages aux revenus les plus élevés. Une différence de 9 euros qui, elle aussi, même ramenée à une dépense annuelle dans le cas d’un véhicule de plus de 8 ans, s’avère relativement supportable. Ainsi, le coût annuel indirect du contrôle technique pour chaque véhicule (les bons élèves et ceux soumis à contre-visite) s’élève à 60 euros pour le 1er quintile et à 38 euros pour le 5ème, avec une moyenne nationale fixée à 48 euros.

Un contrôle annuel au surcoût tolérable

« Le coût subi pour chaque véhicule chaque année par le premier quintile est à 12 euros au-dessus de la moyenne alors que celui que subissent les ménages du cinquième quintile est de 10 euros inférieur, souligne le Gerpisa dans son étude. On reste donc dans des valeurs qui sont très limitées. » La part du contrôle technique dans les dépenses après-vente consenties par les Français varie également peu selon que l’on ait des revenus modestes ou élevés. La part du chiffre d’affaires après-vente dû au contrôle technique s’élevant, en moyenne, à 10% du CA après-vente total consenti par les ménages, elle ne s’avère pas très différente que l’on se situe dans le 1er quintile (15% du CA après-vente total) ou dans le 5ème quintile (8% du CA après-vente total).

Et le Gerpisa de poursuivre : « Rapportées aux budgets après-vente par ménages équipés et par véhicules, les valeurs restent très raisonnables :
– pour les ménages les plus exposés (périurbains du 1er quintile), on est à 90 euros sur 570 pour le coût total d’un véhicule en après-vente.
– pour les mieux équipés (les ménages urbains du 5ème quintile), à 60 euros sur 810. »
Ce qui permet donc de se projeter dans le surcoût généré par l’annualisation du contrôle technique avec beaucoup plus de sérénité. Le taux de refus des véhicules au contrôle technique augmentant en fonction de l’âge pour atteindre les 30 ou 40% pour les véhicules âgés de 10 à 15 ans, l’annualisation du contrôle à partir de 6 ans, au lieu du rythme biennal caractéristique du système français, a du sens, selon Bernard Jullien.

Au regard de son modèle statistique, le Gerpisa en est arrivé à la conclusion que l’annualisation du contrôle technique ferait peser un surcoût moyen de quelque 34 euros, soient 40 euros pour les ménages aux revenus les plus modestes et 22 pour ceux les plus aisés. « La répartition en serait relativement inégalitaire mais, en termes de coût annuel par véhicule, considérer que cela serait un coût terrible porté aux ménages du monde rural comparé aux plus riches est très loin de la réalité », affirme l’étude.

Les professionnels gagnants… vraiment ?

A en croire l’étude Gerpisa, l’annualisation du contrôle technique à partir des 6 ans d’un véhicule profiterait donc à la sécurité routière, bien sûr, mais aussi aux professionnels du contrôle mais aussi de l’entretien-réparation. Logique, car cela signifie plus de contrôles, de pré-visites et de contre-visites. « Le chiffre d’affaires des professionnels associés au contrôle technique croît significativement puisqu’il passe de 2,6 à 3,7 milliards d’euros par an, explique l’étude. Cette augmentation profite principalement au contrôle technique qui voit son chiffre d’affaires croître de 700 millions. Les professionnels de l’après-vente bénéficient donc d’une petite moitié de cette augmentation, soit un surcroît d’activité de l’ordre de 420 millions d’euros annuels. »

Mais ce qui semble évidemment profiter à tous les professionnels associés au contrôle technique ne l’est pas forcément, à en croire Nicolas Bouvier. Celui-ci n’a, en effet, pas manqué de souligner la particularité du marché français du contrôle technique, lequel est totalement ouvert à la concurrence, des centres comme des prix, en dehors de toute idée de numerus clausus ou de limitation en fonction des bassins de population, comme c’est le cas pour le marché de la pharmacie, entre autres exemples. Dès lors, il parait évident qu’un gâteau plus gros devrait amener encore plus d’acteurs à se le partager, relativisant certainement la croissance du chiffre d’affaires de chaque centre.

Néanmoins, cette étude du Gerpisa est un sérieux pas en avant pour la branche Contrôle technique du CNPA. Et même pour le CNPA tout entier, puisque un contrôle annualisé dès 6 ans, c’est du chiffre d’affaires en plus pour toute l’après-vente. C’est pourquoi, selon Francis Bartholomé, président national du CNPA, le contenu de cette étude sera relayé par l’organisation professionnelle « au sein d’un pacte de mobilité globale, dont les propositions seront ensuite relayées dans un livre blanc ». Pacte, livre blanc, autant de termes très “tendance” qui font bien dans le paysage politique actuel mais qui aboutissent trop rarement à des résultats. Sauf si le Gouvernement prend réellement conscience, comme veut le croire Francis Bartholomé, de « la 3ème force qui s’est concrétisée lors des Etats Généraux de l’Automobile, ponctués par l’intervention du Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron ».

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1 Commentaire concernant “Contrôle technique annuel dès 6 ans : une mesure sociale pour le CNPA”

  1. Du grand n’importe quoi et pourquoi pas un CT tous les 6 mois pour les plus de 10 ans, etc. etc…….
    Une grande manœuvre des constructeurs qui ne savent plus comment endiguer hémorragie de leurs entrées-atelier.
    Car ne soyons pas dupe: cette annualisation s’apparente à la baisse des limitations sur les routes (débile)
    Soyons sérieux 2 minutes et imaginons que cela fonctionne …… GÉNIAL
    PSA pourra réparer les voitures avec de la pièce provenant de MISTER AUTO

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