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Enquête DGCCRF sur les vendeurs VO : 47,11% de suspects ? vraiment ?

L’enquête de la DGCCRF sur les vendeurs VO vient de faire l’effet d’une bombe que la presse grand public s’est empressée de relayer : 47,11% des 1 471 contrôles effectués ont débouché sur des «anomalies». Donc, près de la moitié des pros du VO sont suspects. Mais attendons d’obtenir le détail de cette enquête pour quantifier les vrais délinquants et comprendre le détail et la nature des infractions relevées. En 2015, un précédent communiqué de la DGCCRF annonçant un «taux délictuel» de près de 39% dans l’entretien-réparation s’était finalement avéré tronqué et injustement alarmiste…

DGCCRF_VO

La DGCCRF vient de faire connaître les résultats d’une enquête menée auprès de 1 471 commerces de VO. Et ses conclusions communiquées hier à l’AFP font particulièrement peur, puisque la DGCCRF dit avoir constaté un taux d’anomalies de 47,11%, assorti de ce bilan chiffré : «860 avertissements, 192 procès-verbaux pénaux, 114 dossiers contentieux, 55 injonctions, 33 procès-verbaux d’amendes administratives et 25 mesures de police administrative».

Il n’en fallait pas plus pour que la presse grand public s’enflamme, portée par la puissance prescriptrice de l’agence AFP et par le catastrophisme du constat. Diffusée hier à 17h20, la dépêche (voir Am-Today.com) était immédiatement reprise par une vingtaine de grands médias. Tous relayaient peu ou prou le contenu inquiétant de l’information, à grand renfort de titres plus anxiogènes les uns que les autres. Et ce n’était sûrement qu’un début…

Une litanie effrayante

Il faut dire que de compteurs trafiqués en contrôles techniques dissimulés, de faux particuliers en fausses premières mains, sans oublier les passés occultés d’auto-écoles, de véhicules loués ou de longerons déformés, la DGCCRF a visiblement trouvé matière à dénoncer de très vilaines pratiques. Jusqu’à relater «la découverte de vendeurs liés au grand banditisme» !

Bien évidemment, ces tristes exemples sont autant de preuves indiscutables que tout n’est pas parfait, loin s’en faut, au royaume des véhicules d’occasion. Il n’en reste pas moins que, du coup, voisinent dans un même sac nauséabond ces très répréhensibles constats avec une grande majorité de cas probablement bien plus bénins. Ce que laisse d’ailleurs entendre ce communiqué de Martine Pinville, secrétaire d’État chargée du Commerce et de l’Artisanat auquel la DGCCRF est rattachée. Elle rappelle que beaucoup des manquements constatés «sont souvent dus à un manque de rigueur ou d’organisation plutôt que d’une volonté délibérée de se soustraire aux obligations réglementaires» et que «fort heureusement, une fois l’infraction constatée, la majorité des professionnels se remettent en conformité».

Mais une nouvelle fois, le mal généralisateur est fait. «Arnaques», «marché vérolé», «trafic», etc : les journaux ont tous ou presque déjà rivalisé en titres accrocheurs, retenant qu’environ la moitié des professionnels contrôlés sont concernés. Leurs lecteurs en déduiront donc logiquement que près de 50% de l’ensemble des professionnels du VO sont hautement suspects car susceptibles d’être parmi les vrais délinquants débusqués par l’enquête.

Encore un communiqué trop simplificateur ?

Nous ne pouvons que demander à nouveau à la DGCCRF plus de mesure et surtout plus de transparence quand elle diffuse de telles affirmations lapidaires sur les professionnels de l’automobile. Elles sont parfois très réductrices, comme nous le constations hélas lorsque l’organisme de contrôle s’était penché, en septembre 2015, sur les pratiques commerciales de l’entretien-réparation. Le communiqué d’alors avait conduit tous les journaux, radios et télés grand public à la même synthèse simplificatrice, puisqu’il leur annonçait tout de go un «taux infractionnel» de près de 39% chez les réparateurs contrôlés. Les consommateurs étaient en outre un peu plus convaincus par cette phrase définitive de la DGCCRF, largement reprise par les médias : ce «taux infractionnel encore élevé (38,85 %) [justifie] une surveillance régulière du secteur par les agents de la DGCCRF»…

Mais après plusieurs semaines d’investigation et l’obtention hélas difficile de plus de détails, la FNAA publiait un contre-communiqué de presse qui dénonçait, ni plus ni moins, les conclusions tronquées de l’enquête. Nous constations alors par nous-mêmes qu’au final, les pratiques commerciales réellement identifiées comme trompeuses ne concernaient vraiment que … 1% des cas !

Mieux : dans son communiqué initial, la DGCCRF avait même oublié de dire qu’elle avait souvent, de fait, pratiquement absous la quasi-totalité de ces 39% de professionnels épinglés. Pourquoi ? Parce qu’elle reconnaissait elle-même, dans le corps de son enquête, que les manquements constatés étaient souvent juste formels et en grande partie dus… aux  difficultés d’appliquer l’ensemble des complexes et parfois obsolètes dispositions réglementaires en matière d’information des consommateurs. Elle proposait même de son propre chef une remise à plat des textes réglementaires (voir «DGCCRF et réparation (suite): les trois conclusions “oubliées” qui changent toute l’enquête») ! Quel dommage qu’elle n’ait pas alors jugé bon de transmettre aussi ces conclusions-là à la presse, donc aux consommateurs…

Voilà pourquoi nous attendons de pouvoir nous procurer le détail de cette enquête sur les vendeurs VO avant de nous faire une opinion définitive. Il nous faut d’abord pouvoir, une nouvelle fois, isoler les vrais comportements inacceptables de ceux qui relèvent possiblement de simples oublis ou de manquements mineurs.

Comme d’habitude, on vous tiendra au courant…

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2 Commentaires concernant “Enquête DGCCRF sur les vendeurs VO : 47,11% de suspects ? vraiment ?”

  1. S’il est vrai que l’enquête est certainement alarmiste, il ne faut pas non plus se voiler la face : un nombre bien trop important de vendeurs VO est d’une honnêteté plus que douteuse.
    J’ai moi-même un négoce de véhicule d’occasion, et je reste étonné du fait que certains commerçants ayant pignon sur rue restent ouverts malgré une réputation et des pratiques totalement inacceptables. La Dgccrf ne pourrait-elle pas renforcer ses contrôles (et prendre les mesures nécessaires) concernant ces acteurs là qui font mal à la profession ? (faux kilométrages, véhicules accidentés et mal réparés, fraudes à la tva, et j’en passe).
    Comme le dit justement « Leblanc », lorsqu’un pro s’installe, il pourrait être judicieux de vérifier, a minima, s’il n’a pas des antécédents problématiques, y compris parmi les salariés ou associés. L’escroc qui dissout son entreprise et en recrée une nouvelle juste après avec un homme de paille (ou non) à sa tête, c’est monnaie courante. Ca reste une minorité d’acteurs heureusement. Mais une minorité bien réelle, et tout le monde dans le VO en pâtit.

  2. Tant qu’on laissera n’importe qui s’installer pour vendre des VO, nous trouverons des problèmes dans la façon de gérer la bonne distribution. il ne faudra pas s’étonner de trouver des fraudes en tous genres.

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