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Formation continue : où vont les cotisations formation ?

Les dispositifs pour financer la formation sont nombreux et s’apparentent parfois, pour un non-spécialiste, à une véritable usine à gaz. En matière de formation continue des salariés, deux outils existent : le plan compétence emploi et la prise en charge classique. Décryptage.

formation GNFA

Formation GNFA

Pour l’année 2016, 235 millions d’euros ont été collectés par l’ANFA (Association Nationale pour la Formation Automobile). Ce budget lui permet d’accompagner la formation professionnelle, initiale et continue de la branche, à travers un large éventail de solutions d’accompagnement. Parmi ceux-ci, un dispositif a vu le jour en 2011 dans le domaine de la formation continue, aux côtés des conditions de prise en charge classique déjà existantes : le plan compétence emploi.

Entre 2013 et 2015, 8 000 stagiaires ont été formés et 1 500 entreprises accompagnées (pour 26 000 salariés) dans le cadre de cet outil, selon les chiffres communiqués par l’ANFA. Ouvert initialement aux entreprises de moins de 10 salariés, il s’étend depuis 2016 aux entreprises de moins de 50 salariés, s’adressant ainsi potentiellement aux deux tiers de la masse salariale du secteur.

Patrick Omnes, délégué général de l’ANFA

Le plan Compétences Emplois, dont le budget atteignait pour la période 2013-2015 30 millions d’euros, est financé en partie par l’ANFA (21 M€) et par l’État (9 M€). Face au succès du dispositif, chaque renouvellement du plan est l’occasion d’augmenter cette enveloppe. Ainsi, pour les trois ans à venir, la part de l’ANFA passe à 30 M€, celle de l’État étant à ce jour en cours de négociation. «La part de l’État devrait baisser étant donné la conjoncture économique», indique Patrice Omnes, Délégué général de l’ANFA.

Si les dépenses liées aux prises en charge classiques (70 M€) restent majeures, le nouveau dispositif Compétences Emplois prend de l’ampleur dans le domaine de la formation des salariés de la branche. Et pour cause, il dispose en effet d’arguments de taille, avec des prises en charge à 90 % et des subrogations de paiements systématiques, le tout sans plafonnement de taux horaire ou d’enveloppe annuelle, contrairement à une prise en charge classique. Seule contrainte pour les entreprises : les formations doivent être dispensées par les organismes missionnés par l’ANFA. Derrière ce dispositif, cinq organismes se partagent l’offre de formation selon leur domaine d’expertise, avec une prépondérance du partenaire historique de l’ANFA en matière de formation automobile : le GNFA.

Compétences Emplois, une offre ciblée

Un appel à projets émis par l’ANFA et renouvelé tous les trois ans permet de désigner les organismes habilités à répondre aux besoins de formation ciblés par la branche. L’appel est divisé en trois lots correspondant à trois secteurs d’activités distincts : Commerce et réparation automobile, mobilité durable (VE/VH, cycle) et enfin, sécurité routière et enseignement de conduite.

  • Le premier lot représente environ 75 % des besoins de formations identifiés de la branche (en volume horaire) et concerne directement le domaine d’expertise du GNFA. Depuis la mise en place du dispositif, c’est donc sans surprise que l’organisme leader remporte une large part du marché (+ de 70 %). Une petite partie du lot est néanmoins attribuée au CFPA.
  • Les deuxième et troisième lots, qui couvrent des secteurs sur lesquels le GNFA est peu présent, sont répartis entre ce dernier, le CFPA et l’INCM pour la partie cycle et ANPER, ECF et Davantage Formation pour les formations auto-école et sécurité routière.

Si le GNFA est systématiquement retenu, c’est qu’il dispose d’un maillage couvrant pratiquement l’ensemble du territoire, selon un conseiller de l’organisme. L’objectif étant que tout salarié se trouve à moins de 1 h 30 d’un centre de formation.

Certains centres de formation concurrents y voient néanmoins un certain favoritisme. «On nous laisse les formations de premier niveau de qualification et le GNFA se garde les hauts niveaux de qualification», indique un conseiller chez un organisme concurrent. Pour d’autres, le GNFA a été voulu et mis en place par l’ensemble des acteurs de la branche ; rien d’étonnant donc s’il concentre aujourd’hui la majeure partie de l’offre de formation.

Des besoins prioritaires

A l’origine, le plan compétence-emploi a été lancé sous le slogan «former plutôt que licencier», pour venir en aide au secteur du commerce et de la réparation automobile alors en pleine crise. À l’époque, les organisations professionnelles du secteur avaient donc identifié des besoins stratégiques en formation (essentiellement techniques et nouveautés) qui permettraient à terme de sauvegarder les emplois.

Si ce champ de formations jugées prioritaires tend progressivement à s’élargir, certains domaines en restent exclus. Pour ceux-ci, il reste la prise en charge classique, avec des conditions nettement moins avantageuses, en particulier pour les entreprises de moins de 50 salariés. «Les conditions de prise en charge dites de “droit commun” varient en fonction des catégories d’entreprises et du type de formation, car les besoins sont différents», assure Patrice Omnes. À titre d’exemple, la prise en charge classique est plafonnée entre 20 et 25 €/h, tandis que le GNFA pratique des tarifs horaires oscillant entre 53 et 73 €/h dans le cadre du plan Compétences Emplois, avec une prise en charge à 90 % par l’ANFA.

«Nous avons fortement revu nos conditions de prise en charge classique à la hausse du fait de l’accroissement de nos ressources, poursuit Patrice Omnes. Notre objectif n’est pas de thésauriser, mais de former.» L’enveloppe annuelle pour les entreprises de moins de 11 salariés vient effectivement d’être déplafonnée cette année. En revanche, les entreprises de moins de 50 salariés conservent néanmoins un plafond annuel entre 1 500 et 3 000 € selon la taille de l’entreprise (équivalent à 0,2 % de la masse salariale). Conséquence pour les entreprises dont les besoins ne sont pas couverts par le dispositif, les volumes de formation potentiellement pris en charge par l’ANFA sont plus limités.

C’est le cas par exemple de la société Auto 44, spécialisée dans la location de véhicules. Particulièrement investi dans la formation de ses salariés, Denis Maure, directeur général, a mis en place un parcours de formation sur six mois pour renforcer les compétences de ses jeunes recrues, avec l’OPCA interprofessionnel OPCALIA. Contraint de rejoindre l’ANFA en 2015, il espère pouvoir maintenir ce dispositif, qui lui permet de réduire de 25 % le turnover dans l’entreprise et accélérer la promotion interne. Seulement, les réponses se font attendre. «L’organisme de formation de branche (Ndlr : GNFA) est essentiellement orienté vers la réparation automobile et beaucoup moins dans les services de location», regrette Denis Maure.

«Lorsque les besoins en formations n’entrent pas dans celles prévues par le plan Compétences Emplois, le prestataire est librement choisi par l’entreprise», indique le Délégué général de l’ANFA. Cet organisme pourra dès le 1er janvier 2017 demander à être référencé par l’ANFA, «sous condition de répondre à des critères qualité définis par décret. Nous y travaillons pour que les organismes puissent en avoir connaissance dès la rentrée 2016 et puissent s’y adapter», affirme Patrice Omnes.

Par ailleurs, le GNFA s’est fixé pour objectif d’élargir ses champs de compétences dans certains secteurs, notamment en véhicule industriel.

Délégation croissante…

Le GNFA, partenaire historique de l’ANFA, est depuis des années le leader incontesté en matière de formation à destination des salariés de la branche automobile. La plupart des constructeurs automobiles ont également développé leur propre offre de formation, avec pour certains, un maillage important de structures et de ressources humaines. Mais depuis une quinzaine d’années, les partenariats entre le GNFA et les principaux constructeurs se multiplient.

01 ALAIN LEHMANN

Alain Lehmann, Directeur des développements des réseaux à la direction commerciale France de Renault

Selon le conseiller GNFA, l’organisme leader assure aujourd’hui pratiquement l’intégralité des formations des constructeurs ; ces derniers se réservant quelques domaines liés aux spécificités de la marque, avec des volumes néanmoins limités. Cette absorption progressive s’explique par un arbitrage économique, selon lui. «Ce partenariat s’explique par des complémentarités géographiques et de compétences entre le GNFA et le dispositif des Centres de Formation de Renault», confirme Alain Lehmann, Directeur des développements des réseaux à la direction commerciale France de Renault. Deuxième organisme de formation en terme de versement perçu par l’ANFA (8,5 M€, juste derrière le GNFA avec 13,8 M€), Renault a donc progressivement confié une part grandissante de sa formation au GNFA, et conserve des formateurs ‘maison’ essentiellement pour les spécificités de la marque.

Mais la tendance s’observe également chez de nombreux autres constructeurs. Aux dires du représentant GNFA, le partenariat avec PSA s’est accentué au fil des années, jusqu’à englober l’intégralité de l’offre aujourd’hui. Même chose pour Volkswagen qui confie au GNFA une partie de leurs formations. Et le cas se répète chez pratiquement toutes les marques, selon lui.

Quelques constructeurs ont néanmoins conservé leur offre (c’est le cas notamment des groupes Fiat Chrysler Automobiles et Ford qui n’ont pas souhaité répondre à nos questions), mais ceux-ci font désormais figure d’exceptions. Le conseiller GNFA admet d’ailleurs qu’à terme, l’offre de formation en dehors du GNFA sera marginale et ceux qui resteront sur leurs prérogatives risquent d’en pâtir financièrement.

Plus récemment, la mutualisation des moyens s’amorce également au sein des CFA, de plus en plus nombreux à sous-traiter leurs formations courtes à destination des salariés au GNFA. En effet, si les CFA restent les maîtres d’œuvre pour les formations certifiantes à destination des jeunes, les nouveaux modules certifiants (CQP) développés pour les salariés de la branche sont essentiellement délivrés par le GNFA dès lors qu’il y a une demande collective, selon le conseiller. «On leur loue des locaux, mais c’est nous qui animons la formation continue», résume-t-il.

Et certains réseaux de distribution et équipementiers leur emboîtent le pas. «Il y a 20 ans, Bosch faisait toutes ses formations. D’année en année, ils ont confié une part de cette activité au GNFA», ajoute-t-il.

Chloé Gwinner

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1 Commentaire concernant “Formation continue : où vont les cotisations formation ?”

  1. Et quelle explication le GNFA peut fournir pour expliquer qu’un bâtiment construit à Rillieux la Pape n’a été utilisé que quelques années pour partir ensuite sur la périphérie de Lyon? Voilà un vrai gaspillage à la Française!!!!!

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