Inscription à la news letter
Notre magazine

Libre choix/note de la Matmut (suite): l’ANEA réagit… comme un assureur!

Comme elle nous le laissait entendre quand nous essayions vainement d’obtenir de sa part une réaction à la note Matmut que nous révélions le 13 février dernier, l’ANEA (Alliance Nationale des Experts en Automobile) a réservé ses commentaires à ses seuls adhérents. Elle a pris la forme d’un courrier adressé le 24 février à ces derniers qui, s’il nous écorne au passage, n’apporte pas de réponse sur le fond du problème…

Pour télécharger le document, cliquez sur l’image

 

Evacuons d’abord la critique que ce courrier de Philippe Ouvrard, le président de l’ANEA, fait en préalable à la presse. D’entrée, il l’accuse en effet de véhiculer «tous ces vieux clichés qui viennent de resurgir avec tant d’insistance déplacée de la part d’une certaine presse plus satyrique (sic) qu’informatrice : “L’expert agréé, bras armé des assureurs”, la “prise en otage des experts” (de la part des assureurs), “l’instrumentalisation d’experts censés être indépendants” et autres “abus de position dominante des donneurs d’ordres”».

Satyrique ou satirique ?
La rédaction d’apres-vente-auto.com s’est évidemment vite reconnue dans la plupart de ces citations. Commençons donc dans le même ordre que l’ANEA pour rappeler en préalable que la satire est une chose et le satyre en est une autre, dans laquelle nous ne nous reconnaissons évidemment pas ni au sens propre, ni au sens figuré. Si nous acceptons sans trop de douleur d’être raillé en «presse satirique», nous ne pouvons évidemment pas nous reconnaître en «presse satyrique» : cela nous prêterait alors une forme et un comportement qui sont, oserons-nous dire, sans rapport avec les fondements de notre métier. Nous enquêtons certes, mais ne violons personne.

Sans débarquer avec nos gros sabots « satyriques », nous préfèrerons donc décider que ce «Y» malvenu ne recèle aucun double-sens qui se serait voulu insultant. Il restera pour nous une faute d’orthographe oubliée dans le feu de la rédaction d’une missive agacée. Agacée par le « buzz » que générait notre révélation de la note de la Matmut peut-être, agacée plus sûrement par notre article taquin relatant l’absence de commentaire officiel de l’ANEA, pourtant plusieurs fois vainement sollicitée par nous.

Poursuivons maintenant au fond. Le courrier de Philippe Ouvrard est un exemple de non réponse où notre flute de Pan sat(y/i)rique trouve un maître du pipeau : s’il rappelle fort opportunément le rôle et la mission de l’expert, nous aurions aimé le voir répondre aux multiples interrogations que la note de la Matmut a suscité, quoi qu’il en dise, chez les experts indépendants (voir « Riposte de la Matmut au libre choix : les experts, otages des assureur  » et les réactions sous cet article). Las, rien de tel, alors même que la plupart de ces experts indépendants se posent la question de leur survie et avant cela, de leur indépendance et du sel de leur métier. A ce sujet précis, nous réitérons donc notre demande d’interview à l’ANEA…

Des arguments d’assureurs
Le courrier contourne cette problématique en s’attachant en fait essentiellement à légitimer la note de la Matmut et les critères qu’elle veut imposer (pour les revoir, cliquez ici). Comme si l’ANEA voulait encourager les assureurs à la généraliser au prétexte d’une nécessaire surveillance de carrossiers qu’elle montre comme régulièrement enclins à la cleptomanie professionnelle. C’est clairement expliqué dans ce paragraphe rappelant que le rôle économique de l’expert, «c’est surtout aussi un levier face à certaines des exagérations illégitimes voire illégales (des conditions de facturation inappropriées avec la réparation automobile parce que destinées à financer des halls d’exposition majestueux alors [que] les travaux sont le plus souvent sous-traités à bas prix, des factures gonflées artificiellement pour récupérer la franchise, …). Sans aucun doute, l’expert se doit alors de faire, objectivement, jouer la concurrence locale.» Les concessionnaires et agents «majestueux», ainsi que les carrossiers sans agrément marketant le remboursement de franchises pour capter des clients, se seront sûrement reconnus…

«Dans ce cas», poursuit le courrier, «il est œuvre d’expert d’évaluer les dommages sur la base des prix pratiqués localement : il agira librement, avec discernement et toute l’impartialité requise, pour rechercher les coûts qui garantiront à l’automobiliste sinistré une réparation de qualité faite dans le respect des règles de l’art.»

Bien évidemment. Mais la question reste de savoir comment définir le terme «librement» : l’expert est-il encore libre d’évaluer le respect des «règles de l’art» quand il se voit contraint de paramétrer la sauvegarde prioritaire des finances de l’assureur qui le fait vivre ? Et aussi compétent et/ou aussi expérimenté soit-il, l’expert est-il tout simplement formé pour évaluer le seuil de rentabilité d’une entreprise de carrosserie par rapport à une autre et donc, en mesure d’acter objectivement de la bonne ou de la mauvaise raison qui impose tel ou tel taux horaire, donc telle ou telle facturation ? Sait-il seulement que plus de 2 000 variables issues des diverses procédures et services des divers assureurs et plateformes de gestion de sinistres s’imposent potentiellement au front-office d’un carrossier et que la plupart de ces variables, pour peu qu’un détail ait été oublié, peut bloquer ou retarder un dossier, donc sa productivité ?

Le courrier s’attaque ensuite au récent texte de loi instaurant bientôt le « libre choix du réparateur par l’assuré». il explique que «l’exercice de ce droit demeurera abusif [NdlR : « demeurera abusif« : il l’est donc déjà intrinsèquement?] s’il aboutit à aggraver le montant des dommages en raison d’une prestation globale de réparation manifestement onéreuse. Par conséquent, si le consommateur est bien susceptible de faire réparer son véhicule dans le garage de son choix, cela ne signifie pas que tout expert doive avaliser le coût de ces réparations quel qu’il soit».

Encore une fois, bien évidemment ! Mais c’est là tout le faux procès fait au libre choix qui s’exprime : ce libre choix ne prétend pas permettre au carrossier d’imposer ses tarifs ; il ne veut que rééquilibrer une relation imposant des obligations toujours plus strictes au réparateur. Des obligations qui, en s’empilant années après années, ont fini par nier son droit à la rentabilité. Résumer ainsi caricaturalement le libre choix à son seul danger de dérive onéreuse est un argument d’assureur. Le courrier confine du coup au procès d’intention. L’ANEA gagnerait en crédibilité en prenant par exemple langue avec les organisations professionnelles défendant les carrossiers pour imaginer avec elles des procédures régulatrices, plutôt que de jeter ainsi la loi avec l’eau du bain…

Il poursuit en forçant le trait de la victimisation : «le corollaire de la reconnaissance légale du libre choix du réparateur n’est pas l’inutilité de l’expertise comme on a pu le lire dans une certaine presse décidément trop peu informée. Bien au contraire, le législateur vient renforcer par cette mesure l’expert dans son rôle économique lorsque cela s’impose

Une troisième fois : évidemment ! Mais si l’utilité de l’expert est indiscutable, avec ou sans libre choix d’ailleurs, nous en sommes toujours à la même question sans réponse : l’expert peut-il vraiment s’exprimer en toute indépendance, donc en indiscutable juge de paix entre le réparateur et l’assureur, quand il ne dépend économiquement que de l’un d’entre eux ?

D’accord pour des visites-terrain !
Enfin, l’ANEA conclut par un ultime coup de griffe à la presse en expliquant que «plusieurs experts membres d’ANEA […] se proposent d’accueillir les journalistes qui souhaiteraient vivre une expérience en immersion dans un cabinet d’expertise pour mieux se rendre compte de ce qu’ils relatent».

Malgré le sous-entendu évident, nous disons chiche ! C’est une bonne idée : nous ne refusons jamais une occasion de plus de « vivre le terrain », si riche en enseignements et en mises en perspective qui nous permettent justement d’entendre et relater des problématiques-métier oubliées ou ignorées. Mais dans le cas présent, où l’ANEA nous reproche si vertement de nous nourrir de «tous ces vieux clichés qui viennent de resurgir avec tant d’insistance déplacée», elle comprendra que nous continuerons aussi à écouter d’autres cabinets d’expertise de notre choix…

DERNIERE MINUTE Deux jours après que nous ayons mis en ligne cet article commentant ce courrier de l’ANEA à ses adhérents en date du 24 février (ci-dessus), l’organisation professionnelle a finalement diffusé, le 27 février, cette lettre à l’ensemble de la presse. Le texte est identique dans les deux versions. Comme le terme de « Presse satyrique » en lieu et place d’un plus logique « presse satirique » y demeure et ce, malgré presque deux jours pour découvrir nos interrogations à ce sujet sur notre site (voir ci-dessous), nous en déduisons que, finalement, la faute était donc bel et bien volontaire…

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (4 votes, moyenne : 4,50 sur 5)
Loading...

5 Commentaires concernant “Libre choix/note de la Matmut (suite): l’ANEA réagit… comme un assureur!”

  1. Un observateur avisé / 7 mars 2014 á 16 h 00 min / Répondre

    Ces échanges sont désolants…!

    Car, comme d’habitude, on ne va pas au fond des choses pour se demander POURQUOI on en est arrivé là et si possible 5 fois POURQUOI, pour s’obliger à traquer et trouver la cause racine.

    La main d’œuvre et donc le taux de main d’œuvre sont des paramètres intrinsèques à l’entreprise. Ils sont a priori discutables, c'est-à-dire qu’on peut mettre des remarques voir des critiques sur l’organisation/la gestion de l’entreprise. Mais, ils sont in fine non discutables, car factuels sur un plan économique.

    Par contre, et c’est là que l’expert pourrait intervenir, c’est sur la perception de l’efficience ou de la productivité et de la bonne manière de choisir et gérer l’intervention: réparer plutôt que remplacer, choix des équipements qui permettent de gagner du temps, ceci en cohérence et transparence avec le carrossier qui a pris en charge le véhicule, quitte à faire les arbitrages nécessaires.

    Et puis, il faudrait surtout sortir de ces prix de pièces imposées, non négociables qui, ne l’oublions pas, pèsent beaucoup plus lourd que le taux horaire.

    Pourquoi les acteurs ne parlent-ils pas de ce sujet de fond, au lieu de se déchirer sur un sujet qui n’appartient qu’aux carrossiers?

    -Par crainte des puissants constructeurs qui détiennent les données et alimentent les outils de chiffrage et «cornaquent» serré leurs réseaux?

    -Par confort des opérateurs qui préfèrent se réfugier derrière des tarifs plutôt que de demander le libre choix de leurs fournisseurs et de leurs pièces, donc de s’ouvrir pleinement à la concurrence ?

    – Parce que le «front des Réparateurs» n’est surtout pas homogène avec d’un coté des indépendants dépendants de leurs confrères concessionnaires et de l’autre des concessionnaires qui disposent de cet avantage et qui sont à la botte de leurs concédants?

    S’il y a un front à construire, c’est bien celui de TOUS les acteurs professionnels, assureurs, experts pour réclamer de faire leur business en toute liberté, en disposant eux même du libre choix de leurs partenaires, de leurs fournisseurs de produits et AUSSI de leur taux horaire.

    Il semble que cela fonctionne dans la réparation mécanique. Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas dans la réparation carrosserie?

    Un observateur avisé

  2. L’ANEA vous invite? foncez! Mais c’est vous qui choisissez les cabinets, pour une ou deux journées avec un expert, puis la même tournée sans l’expert, pour avoir l’avis (le vrai) des réparateurs, anonymement, pour ne pas crisper des relations déjà tendues…

    Cela risque d’être instructif!!!

    Désolé, je ne peux faire partie de la liste, j’ai résilié mon adhésion à l’ANEA en 2013…

  3. L’ANEA vient d’inventer un nouveau métier: l’Expert Automobile-Comptable, le nouveau régulateur économique local! Déposez vite le « brevet » ou faites-vous appuyer par le ministre du redressement productif!!!!

    IL est bien évident que chaque expert connait les charges de chaque atelier qu’il visite, ses investissements, son bœuf heureux (BFR, Besoin en Fonds de Roulement), son EBE et son Résultat Net.

    De fait, il est à même de dire quel est le taux horaire préconisé dans chaque atelier, ça va de soi!

    Dans un pays où les tarifs sont libres, comme la concurrence, on assiste à une soviétisation du commerce sur un secteur, attendu qu’un groupe mutualiste, de surcroît, a eu des velléités de législation sur les tarifs pratiqués.

    Même si ladite mutuelle a des origines travailleuses […], le cliché est énorme au XXIe siècle, vu les résultats du collectivisme dans toutes les régions du monde au siècle dernier… Mais cet élan collectiviste touche l’ANEA, qui vient de se rendre compte qu’en effet, l’expert pourrait être l’œil de Moscou sur les tarifs pratiqués localement.

    […] La profession peut ouvrir en grand ou pas les robinets.

    Donc, après les études de mécanique, les prochains experts feront aussi un DECF ou DESCF (les diplômes d’expert comptable) pour dire objectivement si le coût de la réparation est fiable par rapport au marché local.

    Deuxième étape pour les assureurs, même process de traitement pour les professionnels de santé, ce sera moins drôle je pense au niveau de la réaction syndicale…

    Quand l’ANEA prendra à bras le corps la légalité autour du BCA, des plateformes d’expertises à distances assureurs et détenues par des distributeurs de pièces automobiles, non conformes à la loi, on pourra peut-être penser qu’il s’agit d’une chambre syndicale professionnelle.

  4. Bonjour!

    Comme d’habitude, une réponse qui va dans le sens de l’assureur en justifiant si besoin les demandes de celui-ci uniquement d’un point de vue économique.

    Mais que pouvions-nous donc attendre d’autre de l’ A.N.E.A. à présent?? La preuve est faite qu’ils roulent tous pour les assurances en défendant juste leurs propres intérêts et leurs portefeuilles de missions.

    Quel gâchis pour le métier d’expert en automobile plus du tout indépendant a présent!!!!

    Attendons de voir la suite…

    David

  5. Bravo pour cet article et le précédent avec LDDA (NdlR: la Ligue Des Droits de l’Assuré, voir http://www.apres-vente-auto.com/actualite/6521-libre-choix-et-matmut-suite-les-assures-du-cote-des-reparateurs-et-experts.

    Les avancées sont captivantes et ce petit microcosme tout en émoi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*