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Carrosserie: les Chiffres FCGA, ou l’arbre qui cache la forêt…

La dernière statistique de la FCGA (voir «l’étonnante étude qui voit les carrossiers à +5,7% en 2013…») a créé beaucoup d’émois : celles et ceux qui ont suivi les conclusions de cet «Observatoire de la petite entreprise» ont pu noter qu’elles étaient différentes des autres sources (CNPA, FFC, FNAA…). Certaines progressions font rêver, comme celle de 2009/2010 qui affichait déjà…+10% ! Qui a raison ? Probablement tout le monde : la mesure n’est pas réalisée sur le même échantillonnage !

paroles d'experts 4

PAROLES D’EXPERTS – CYCLE «CARROSSERIE & ENJEUX : LES MUTATIONS DU CARROSSIER»
– 4 – Les chiffres FCGA, ou l’arbre qui cache la forêt…

L’Analyse de notre expert  Patrick March Ce n’est pas la première fois que la FCGA (Fédération des Centres de Gestion Agréés) publie des chiffres à contre-courant de la tendance structurellement baissière constatée dans la réparation-collision. Pour mémoire :

Période

Evolution
du CA

2013/2012

+5,7%

2012/2011

+1,5%

2011/2010

-0,6%

2010/2009

+ 10 %

2009/2008

-3%

2008/2007

-1,5%

Ces chiffres de la FCGA ne sont pourtant pas discutables (retrouvez-les en cliquant ici). Il faut donc chercher l’origine du différentiel ailleurs.

De quelle progression parle la FCGA ?
fcga DPLes entreprises adhérentes à un centre de gestion agréé sont qualifiées de «petites». Mais jusqu’à quel point ? Interrogée à ce sujet, la FCGA n’a pas répondu clairement. Alors, par recoupement à partir des chiffres généraux qu’elle a publiés dans son dossier de presse (voir ci-contre), nous pouvons penser que ces entreprises concernées, toutes catégories professionnelles confondues, comptent en moyenne 5 personnes, dirigeant compris (2 millions d’emplois/400 000 entreprises) et génèrent, en moyenne, un CA annuel de 175 000 € (70 milliards d’euros de CA/400 000 entreprises), soit 15 000 €/mois.

Sur cette base moyenne, une augmentation de 5,7% du CA du carrossier correspond à 9 975 € de CA supplémentaire dans l’année, soit 831 € par mois. Toujours par analogie, cela représente, pour une carrosserie structurée, un peu plus de ½ sinistre par mois supplémentaire.

Il faut donc relativiser. Mise ainsi en perspective, cette statistique touche en fait de très petites structures, loin des entreprises multi-agréées qui composent l’essentiel des réseaux par exemple. Le chiffre de la FCGA n’impacte donc pas le marché dans les proportions que l’effet d’annonce laisse à penser.

Carrossier «des villes» et carrossier «des champs»…
Toutefois, une question légitime demeure : pourquoi une telle réussite insolente pour ce type d’entreprises sur un marché de la réparation-collision qui, lui, se contracte encore et toujours ?

La taille, justement. Ces structures sont adaptables, peu engagées dans des contrats commerciaux exigeants, très axées sur la proximité et la fidélisation des clients. Le dirigeant est dans l’opérationnel, souvent accompagné de son épouse. Elles peuvent être adhérentes à des réseaux (30% des effectifs), en général pour compléter le maillage, ce qui n’a rien de péjoratif : la crédibilité des réseaux passe par leur capacité à garantir aux apporteurs d’affaires une couverture nationale réelle.

En outre, il faut différencier la condition du «carrossier des villes» de celle du «carrossier des champs». Le premier, implanté dans des zones urbaines ou péri-urbaines, est soumis à une féroce concurrence. Pour vivre, il doit adapter ses prix pour pouvoir capter un volume suffisant. Le carrossier «des champs», lui, n’est pas au cœur de ces enjeux tarifaires. Il répare des véhicules plutôt anciens, n’a pas les mêmes coûts de fonctionnement et surtout, surfe sur une proximité appréciée de ses clients particuliers comme des apporteurs d’affaires. Il vit d’ailleurs souvent sans avoir besoin d’agréments… et sans être sollicité pour en signer.

A contrario, «le carrossier des villes», fer de lance des réseaux (70% des effectifs), est nécessairement plus structuré, par l’impact des contrats commerciaux qu’il se doit de décrocher. Il a donc plus de difficultés à maintenir actifs les principes du commerce de services :

  • Fidélisation : comment fidéliser quand le client est orienté ? le client fidèle (rappel: 1 sinistre tous les 8 ans en moyenne) est noyé dans la masse de clients de passage ;
  • Proximité : comment rendre service quand le service, en France, est souvent «proposé» gratuitement ? La mise sous processus des accueils, rendue nécessaire par une gestion différenciée du client selon sa provenance, trouble la relation avec le client automobiliste (qui est mon client ? celui qui paye ou celui qui conduit ?) ;
  • Adaptabilité : comment trouver une nouvelle clientèle quand un accord ne fonctionne plus ? il est difficile de se désengager d’un accord qui eût fait du volume et le carrossier pense et agit alors, peut être à tort, sous forme de désinvestissement (licenciements, en général) et non pas sous forme de (re)conquête, du fait du marché mature et baissier sur lequel il est.

Pour un féru de systémique et en toute modestie, il est toujours plus complexe, mais instructif, de regarder la forêt qui est derrière l’arbre et non celui qui devrait la cacher. Cette statistique de la FCGA est réelle en ce qu’elle concerne bien une partie de la profession qui compose le marché. Mais elle ne concerne pas le marché dans son ensemble. Ce n’est pas tout à fait la même chose !

Notre expert Carrosserie : Patrick March

Patrick MarchPatrick March est gérant fondateur de SOCCA (Société d’Optimisation des Concepts de la Carrosserie Automobile) depuis 2009. Il audite, conseille, forme et « coache » plusieurs dizaines de carrosseries par an.

Il sait de quoi il parle pour avoir lui-même pratiqué le métier. Précédemment, il a été développeur Franchise ADI jusqu’en 2000, puis directeur général opérationnel du groupe Albax jusqu’en 2009.

«ces analyses du marché de la réparation-collision et la série d’articles qui leur sont liés se veulent les plus impartiaux possible», tient-il à préciser. «Notre métier de consultant consiste à faire passer des messages aux parties prenantes de la profession et, dans la mesure du possible, de créer du lien entre eux. Notre quotidien se partage entre la réflexion stratégique, le conseil, la conception d’outils informatiques et pédagogiques et une présence terrain qui nous amène à côtoyer apporteurs d’affaires, fabricants peinture, experts, constructeurs, concessionnaires et réparateurs au rythme significatif d’environ 500 par an. Nous ne défendons donc aucune position quand nous constatons et expliquons que ce marché mature crée une réelle complexité pour tous et, en particulier, pour l’acteur au bout de la chaîne : le carrossier».

Précédentes contributions de Patrick March :

1. Marché de la réparation-collision: le nécessaire état des lieux

2. Marché de la réparation-collision: les paradoxes du carrossier

3. Marché de la réparation-collision: vers la « carrosserie 2.0 »

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