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Table ronde AJTE : des réparateurs pas si inquiets…

Invités par l’Association des Journalistes Techniques et Economiques (AJTE), deux professionnels sont venus donner leur vision du métier actuel, leurs problématiques et les solutions trouvées pour y remédier. Et pour venir affirmer une confiance assez étonnante dans leur avenir au regard du contexte économique pourtant bien morose !

AJTE Table ronde reparateurs

Didier Allaire (AD Expert) et François Bonde (Precisium Carrosserie) ont insisté sur l’importance du service.

Ils devaient être trois ; ils n’ont été que deux. Deux professionnels ont fait le déplacement pour Paris afin de venir échanger avec la presse professionnelle sur leur business au quotidien, leurs problèmes, leur avenir… François Bonte, carrossier Precisium basé à Yvetot (76), et Didier Allaire, à la tête du garage de la Juine et AD Expert à Lardy (95), ne se sont donc pas défilés pour répondre en toute franchise aux questions posées.

Le troisième ? Il s’agissait d’un agent Peugeot… Et lui non plus ne comptait pas se défiler ; mais il a prévenu l’assemblée le matin même qu’il ne pourrait malheureusement participer à la réunion car il «avait eu le tort de prévenir la veille son constructeur»… lequel lui a (très) fermement enjoint de ne pas se présenter à cette table ronde !

Le Lion sort ses griffes…

Les têtes pensantes de la marque au Lion ont donc sorti les griffes pour faire taire cet agent. C’est vrai : l’issue des discussions de cette matinée consacrée aux problématiques actuelles des réparateurs (tous les réparateurs) était forcément de nature à laisser filtrer quelque grand secret industriel, stratégico-commercial ou pire encore : un secret d’Etat !

Messieurs les constructeurs, à trop vouloir maîtriser votre communication, à ne l’envisager que sous son plus pur (pour ne pas dire strict) aspect « corporate », non seulement vous vous coupez de la presse –ce qui, il est vrai, est bien un moindre mal à l’heure où vous ne nous considérez plus que comme de simples « relais » d’information– mais en plus vous vous coupez du monde réel. Et privez par là-même un de vos professionnels de mettre en avant votre marque, son positionnement sur le marché et peut-être aussi ses atouts…

Profils différents, objectifs communs

François Bonte, carrossier-réparateur, réalise 70% de son CA carrosserie avec les assurances et a conservé trois agréments qui, selon lui, «ne tirent pas trop les prix vers le bas et ne nuisent pas aux relations avec les experts». Mais ça n’est pas une surprise : il devient de plus en plus compliqué de dégager de la rentabilité à cause d’accords toujours plus exigeants pour les remises en pied de facture. «Mon CA baisse structurellement car ils brident l’activité, résume-il. Du coup j’envisage d’ouvrir une affaire de location de véhicules à côté.» Car le secteur de l’assurance, en tout cas de l’indemnisation, n’est pas tendre avec lui. Il a récemment vu sa collaboration avec Elexia, vieille de 8 ans, unilatéralement rompue par la plateforme de gestion de sinistres. Une collaboration dont, à l’origine, il ne voulait même pas !

En effet, comme nous le soulignions le 10 juillet dernier, François Bonte a été victime, comme beaucoup d’autres réparateurs, d’un agrément « d’office » d’Elexia qui, en « bonne » plateforme prestataire d’AXA, lui retirait en pied de facture la remise que doivent accorder à l’assureur les carrossiers de « son » réseau. Alors même qu’il n’est pas agréé AXA ! «Les experts BCA, depuis un an, appliquaient automatiquement les taux AXA sur les dossiers Elexia, s’insurge François Bonte. Donc je me suis plaint et Elexia m’a répondu que pour éviter toute polémique, ils me retiraient mon agrément.» Un rebondissement qui n’a pourtant rien d’un désagrément pour le carrossier normand, qui se félicite de la disparition de ces contraignantes et gourmandes remises.

Pourtant, selon le chef d’entreprise, ce n’est pas le libre choix du réparateur par l’assuré automobiliste qui va changer la donne dans les relations avec les assurances. En tout cas pas aujourd’hui : «les plateformes téléphoniques des sociétés d’assurance continuent à orienter les assurés vers les garages agréés», affirme-t-il… Pour s’en sortir, il peut compter sur l’activité mécanique, où il bénéficie de clients fidèles. François Bonte s’est également lancé dans la vente VN/VO avec un parc de 25 véhicules pour lesquels il a embauché un vendeur et songe à la location pour contrebalancer les pertes actuellement enregistrées sur l’activité réparation-collision de son entreprise.

Didier Allaire, réparateur AD Expert, semble plus serein. Peut-être aussi parce qu’il ne possède pas d’agrément et qu’il sous-traite l’activité carrosserie chez un confrère… Et l’activité entretien-réparation «fonctionne bien» selon lui. Il faut dire qu’il a su déployer une stratégie tarifaire à géométrie variable selon la saisonnalité de l’activité à l’atelier : il comprime ses marges au maximum (de 20 à 30% !) en période basse, et les remonte lors des  »rush » précédant les départs en vacances… Une stratégie visiblement payante : «je suis entouré de centres auto et je ne suis pas forcément le plus cher, malgré des taux horaires souvent plus élevés ! En expliquant au client le devis et les travaux sur son véhicule, en axant nos messages sur la qualité de service, je réussis à vendre mes heures à un niveau que j’estime juste (NdlR : avec un très joli T1 à 59,50€ HT…) »

Fragile équilibre

Si le pro AD Expert sait visiblement vendre ses heures et remplir son atelier, il reconnaît qu’il faut «avoir une stratégie» : «le contexte reste compliqué, mais ce n’est pas insurmontable» précise-t-il, soulignant par là même une dimension « commerce » qui prend une dimension nouvelle dans le métier, mais aujourd’hui devenue indispensable à la survie de l’artisan-technicien automobile.

La situation n’est logiquement pas la même pour son homologue Precisium dans le cadre de son activité carrosserie, où il est forcément tributaire des volumes et des conditions dictées par les assureurs. «On vit sur la pièce ; entre les taux horaires imposés et des barèmes de temps parfois fantaisistes, ce n’est pas sur la main d’œuvre que l’on est rentable en carrosserie, déplore François Bonte. Idem dans le cas de la recherche de panne, qui peut parfois être longue et qu’on ne peut parfois pas facturer à son juste coût.»

Fidéliser : le maître-mot

Le réparateur AD Expert rejoint son confrère Precisium sur la notion, incontournable aujourd’hui, de diversification de l’activité pour les professionnels du secteur : «Je propose du service à mes clients ; tous les services : cela va de la vente VN/VO au gardiennage de leurs pneumatiques en passant par le vitrage, le contrôle technique, la carrosserie, le véhicule de courtoisie, énumère Didier Allaire ; on ne laisse aucune  »porte de sortie » au client. »

Pour 2015, François Bonte envisage la mise en place d’un nouveau service : le rachat d’une partie de la franchise à ses clients sinistrés. Avec un objectif sibyllin : «faire que le bénéfice de ma démarche revienne au client et non plus au seul assureur…»

Un avenir pas si sombre

Face à ces différents challenges, Didier Allaire et François Bonte estiment qu’être accompagné reste nécessaire. Les deux professionnels sont unanimes : faire partie d’une enseigne est indéniablement un atout dans leur environnement toujours plus concurrencé. «Les réseaux multimarque ont de l’avenir sur l’entretien réparation», soutient ainsi Didier Allaire. Notoriété et visibilité nationale, notamment obtenue par la publicité (télé et/ou radio), et aide à la formation sont selon eux autant d’avantages offerts aux adhérents pour pérenniser leurs entreprises.

Et les nouvelles technologies ne semblent pas les inquiéter outre mesure. «Les grands équilibres vont demeurer, poursuit le réparateur AD Expert : si l’on vend des véhicules, les réseaux constructeurs continueront de le faire plus que nous. Sur l’entretien-réparation, le profil du parc plaide en notre faveur et ce ne sont pas les ruptures technologiques comme le VE qui vont révolutionner le marché de l’après-vente !» Pour le pro Precisium, il est capital en effet de se former, de participer aux réunions techniques organisées chez le distributeur pour coller au maximum aux évolutions des produits. Il souligne toutefois un frein potentiel : la notion d’information technique à travers de possibles problèmes de diagnostic et de pièces  »captives » sur les premiers mois de vie des modèles récents…

AJTE Table ronde reparateurs 2

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