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Tribune libre – Le libre choix de l’expert malmené par la loi « Macron » ?

Attentif aux débats des parlementaires dans le cadre du projet de loi “Macron” pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, Florian Mourgues, expert en automobile de son état, observe que les avancées que pourrait permettre la loi dans le libre choix de l’expert font face aux attaques d’arguments pro-assurance. Et ce, sans véritable opposition des principaux représentants des experts, ANEA en tête.

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Une info venue de nos lecteurs-correspondants!Florian Mourgues, expert en automobile dans le Puy-de-Dôme, est aujourd’hui conseiller de la société “Les Affranchis”, créée par des professionnels de la réparation pour jouer le rôle de plateforme de gestion de sinistre indépendante et pro-automobiliste, séparée de tout donneur d’ordres autre que le client lui-même. Très attentif à l’évolution de son métier depuis qu’il a quitté son poste salarié au sein du cabinet qui l’employait, celui-ci nous offre un aperçu de l’un des (nombreux) débats qui agitent les parlementaires dans les discussions autour du projet de loi “Macron”. Un texte qui, dit-il, pourrait faire office de « cheval de Troie » pour le lobby assurantiel, désireux de couper court à toute avancée dans la question du libre choix de l’expert…

“De source informelle, le projet de loi  »Macron » comprend un volet sur la liberté de choix de l’expert.

“Avant de commencer, petit rappel des faits : légalement, l’assuré a le droit de mandater directement l’expert de son choix après un sinistre (cf. Code de la route, article R. 326-1).

“Or ce droit est allègrement bafoué par les assureurs.

“Dans la théorie, une fois l’expertise libre réalisée, c’est à l’assurance de contester si nécessaire. Et ce, sur des arguments fondés, l’expert en automobile étant une profession réglementée. D’où l’intérêt des pouvoirs publics d’entrer en jeu… vraiment libres de tout lobbying des assureurs (douce utopie) ?

“La vision de l’assurance est toute différente sur la position de l’expert, dont elle n’accepte pas le libre choix par l’assuré. En effet, elle place systématiquement l’assuré dans la position de celui qui conteste. Petit rappel de la méthode : dans sa grande mansuétude, l’assurance propose à l’assuré de missionner l’expert à sa place. Un expert, bien sûr, formaté par ses soins.

“Une fois l’expertise réalisée, dans des conditions parfois douteuses, l’assuré n’a pas d’autre choix que de contester. Les rôles sont alors inversés ! Les assureurs sont très habiles à ce genre de jeu…

“Voici maintenant quelques petites bribes des débats de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi  »Macron » :

«L’amendement n° 294 affirme la liberté pour l’assuré de choisir l’expert de son choix pour évaluer son sinistre. La logique de l’assureur est d’imposer son expert pour maîtriser l’évaluation. En Droit toutefois, l’assuré a déjà toute latitude pour faire appel à un expert indépendant à ses frais.»

“Cette dernière phrase constitue donc une atteinte à la liberté individuelle !

«Il est difficile cependant de mettre à la charge de l’assureur le coût intégral de cette expertise extérieure, comme de prévoir un remboursement de l’expert extérieur uniquement si l’expert de l’assureur a mal évalué. Il y a enfin toujours la possibilité d’un expert indépendant nommé par référé. La présence de deux experts augmente beaucoup le coût pour ce type de sinistre.»

“En effet : un seul expert déontologiquement neutre devrait suffire… si on accepte sa neutralité… CQFD.

“De source sûre, cet amendement a été retiré… Il devait initialement être inséré au sein du chapitre du code des assurances relatif à l’incendie ! 

“La volonté politique devrait être que cet amendement ait la portée la plus large possible et soit inséré dans le cadre de la loi  »Macron » sur les professions réglementées ! En effet, on se doit de rappeler qu’expert en automobile est une profession noble, réglementée, indépendante et disposant d’une mission d’ordre public en matière de Sécurité routière ! J’entends noble dans le sens où la fonction n’est pas dévoyée par certains… Derrière tout cela, encore et toujours la main invisible de l’assurance et de ses puissants lobbyistes…

“Il y a pourtant un véritable enjeu sociétal ! «Nous traverserons une période très délicate qui peut aller jusqu’à nous obliger à sacrifier des emplois pour assurer le maintien de l’activité dans la profession», reconnaissait Philippe Ouvrard, président de l’Alliance nationale des experts en automobile (ANEA) dans une interview à la revue Jurisprudence Automobile de mars 2015. D’où ce silence coupable de l’Alliance, qui a laissé filer une chance de défendre l’indépendance de l’expert ? Mais que fait l’ANEA ? Quels sont ses intérêts ? Visiblement, on ne peut affranchir un esclave contre sa volonté… ou celle d’un puissant ami invisible…

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4 Commentaires concernant “Tribune libre – Le libre choix de l’expert malmené par la loi « Macron » ?”

  1. Les Experts Automobiles, avant de se plaindre de perdre des mission auraient d’abord du se plaindre de perdre leur titre !!

    Les seuls Experts dont le grand public entend parler à longueurs d’ondes sont ceux de chez PEUGEOT qui pourront faire leur vidange et changer leur balais d’essuie-glace!!

    Comment considérer quelqu’un qui a le titre d’une camionnette ?

    Les assureurs ont bien tenté de les faire disparaître en imposant des moyens de chiffrage (SIDEXA = le sida de l’expert dixit feu J. BARATAUD) puis imposer l’EAD, et enfin le CAR.

    Finalement leur dernières solutions, les appels d’offres et favoriser, voire organiser les regroupement d’experts, fait baisser les coûts de honoraires et cela va entraîner une baisse des rémunérations des experts et de leurs salariés.
    On va vers des experts soit sous-payés, soit vers des experts sous-qualifiés !!!

    Cela va continuer à dégrader le reste de l’image de l’Expert et de Facto prouver qu’il ne sert à rien !!!

    RIP l’expert Automobile ….

  2. Tellement d’enjeux économiques, d’après les assureurs, qu’ils ne peuvent s’empêcher de tout maîtriser… notamment le missionnement de l’expert…
    Certains assureurs n’exercent jamais de recours au-delà du montant légal, c’est pour dire s’ils sont tous au fait des choses!

    C’est au client de se « révolter », à l’assuré de refuser d’être assisté et surtout d’arrêter de croire que l’expert est la voix divine de l’assureur.

    Même en cas de sinistre responsable, l’assuré doit faire jouer toutes les garanties contractuelles de son assurance et arrêter d’avoir peur de ne pas être indemnisé, cependant, les délais seront plus longs.
    A l’assuré de négocier une clause d’indemnisation inférieure à 5 jours dans son contrat.

  3. Évidemment: l’ANEA est totalement inféodée aux puissances financières dictatoriales que sont les cies d’assurances.

  4. Bien sûr que l’ANEA et son président ne vont rien faire contre les assureurs !!!
    Il y a bien longtemps que cette chambre syndicale est totalement bridée par les liens « commerciaux » que sont les volumes de missions des cabinets d’expertises.
    Comment un cabinet standard pourrait il faire sans 80 à 95 % de son CA venant des assureurs ?
    Sans parler de la baisse de plus en plus prononcée des accidents, qui ont nécessairement un effet négatif sur le volume des missions données aux experts…
    La dernière mode des assureurs est de passer maintenant par des appels d’offres pour accorder les missions; qui dit appels d’offres dit au moins cher, cela implique donc une gestion au plus rapide,…, et c’est le cercle infernal qui se mets en place…
    Avec un libre choix de l’assuré pour son expert, les assureurs ont tout à y gagner, tout comme les experts qui pourront faire valoir leurs compétences techniques sans contrainte statistique, au juste prix pour l’assuré et le réparateur et au juste coût pour les assureurs.

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