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France 2 : les experts en flagrant délit de dépendance!

Diffusé dans le cadre du JT de 20 heures sur France 2 mercredi soir, un reportage a mis en lumière comment les experts, sur le papier indépendants, doivent pourtant subir des objectifs assignés par les assureurs qui les mandatent… au risque sinon d’être mal notés.

Pour voir le reportage, cliquez sur l’image

Les experts se seraient sûrement bien passés de cette série de contre-publicités ! L’ANEA avait certes manifesté sa volonté de refondre le code de déontologie du métier à l’occasion de son congrès annuel en mars dernier. Seulement voilà : mercredi matin, Le Parisien et divers autres quotidiens relayaient comment un vaste trafic de véhicules gravement endommagés remaquillés pour être revendus avait été démantelé, impliquant des réparateurs mais aussi des experts peu scrupuleux. Et le mercredi soir, à une heure d’audience maximum (le journal télévisé), voilà France 2 qui diffuse un reportage pour le moins dérangeant à l’endroit des experts. Reprenant l’enquête réalisée un peu plus tôt par 60 millions de consommateurs, le reportage s’interroge sur l’impartialité et, in fine, sur l’indépendance des experts.

«Aucune justification»

Intitulé «Des experts indépendants ?», le décor est rapidement planté : «Pour les automobilistes, c’est un accident souvent traumatisant ; pour les compagnies d’assurance, un sinistre à indemniser. Tôle froissée, collision ou même catastrophe naturelle, à chaque fois c’est toujours la même procédure : un expert est mandaté par l’assureur pour évaluer les dégâts. En principe, il n’appartient à aucun camp : c’est un médiateur entre les parties…»

Passons sur le fait que la voix off du reportage aurait pu préciser dès la 20e seconde de l’enquête que ce qui est vrai dans les faits (les experts sont mandatés par les compagnies d’assurance) n’a aucun fondement juridique. Le CNPA a très clairement rappelé les dispositions de l’article R 326-6 du Code de la Route dans l’un des amendements qu’il a soumis aux parlementaires dans le cadre des discussions sur la Loi Macron : l’expert est missionné par le conducteur du véhicule, en aucun cas par l’assureur.

S’ensuit un cas bien concret avec le témoignage d’un automobiliste devenu scooteriste malgré lui : son véhicule, une Renault Clio, a été accidenté sur l’autoroute, serré contre la glissière de sécurité par un poids lourd. «Ailes enfoncées, portières et pare-chocs brisés… pour l’expert mandaté par l’assureur, son automobile est bonne pour la casse.» Et la voiture ne vaut pas grand chose selon l’expert, l’automobiliste interviewé expliquant que l’expert lui a proposé une première indemnisation de 1 200 € ! «Et ce sans aucun justificatif», souligne l’automobiliste. Refus de ce dernier, qui se voit offrir une deuxième proposition (1 300 €), tout autant refusée, puis une troisième (1 500 €), elle aussi déclinée, et enfin une quatrième proposition de l’expert qui grand prince propose 1 650 € à l’assuré sinistré…

Que retenir de cet échange épistolaire digne d’un marchandage de tapis ? «L’expert avait-il intérêt à sous-estimer l’indemnisation ?», s’interroge alors à bon droit la voix off…

Objectifs incompatibles avec l’indépendance

Le reportage entre alors dans le vif du sujet lorsque Florian Mourgues (que nos lecteurs connaissent déjà), ancien expert pendant 10 ans et aujourd’hui reconverti dans l’assistance aux automobilistes sinistrés, explique pourquoi il a quitté son ancienne vie. «Selon lui, les experts auraient tendance à sous-estimer l’argent versé aux assurés pour faire le jeu des assureurs», explique la voix off. Pour preuve, l’ancien expert ressort les consignes qu’il recevait lorsqu’il était mandaté par les compagnies d’assurance… Il se voit assigné un objectif de coût de réparation moyen. « Lorsque j’étais en dessous, j’étais bien vu par ma hiérarchie, explique Florian Mourgues ; lorsque j’étais au-dessus, je recevais des remarques comme quoi il fallait donner moins d’heures au réparateur, faire le nécessaire pour réduire le montant des pièces à remplacer pour rentrer dans les objectifs. Le but était là…»

«Des objectifs pas franchement compatibles avec l’exigence d’indépendance des experts», reprend la voix off… qui s’appuie, pour étayer son argumentation, sur un document à en-tête de l’ANEA : le code de déontologie des experts qui, dans son article 4, dispose que «l’expert en automobile exerce son activité en toute indépendance». Preuve supplémentaire à ce cas d’un ex-expert reconverti : le reportage épingle un document dans lequel une compagnie d’assurance va jusqu’à proposer à  »ses » experts une prime d’objectif pour 2015 !

Un métier comme un autre ?

Le reportage pousse l’enquête… et les portes de l’ANEA. Rendez-vous a été fixé avec Sylvain Girault, vice-président de l’organisation professionnelle et en charge des relations avec les médias. Pour lui, il n’y a pas d’incompatibilité entre l’indépendance exigée par la mission d’expert et des objectifs que peuvent formuler des assureurs : «Dans tous les métiers vous avez des comptes à rendre et vous avez des objectifs, déclare-t-il. Soit vous le vivez mal et cela s’appelle la pression, soit vous l’intégrez et cela fait partie de votre métier.»

Dont acte. Mais c’est quand même un peu court. La vision des hommes de l’art exerçant dans le but de satisfaire aux exigences de la sécurité routière et de faire réparer au juste coût est bel et bien écornée par France 2 : impossible en effet de ne pas avoir constaté, cette fois de visu, la dépendance économique dans laquelle se trouve l’expert, lui qui est censé exercer son activité en toute indépendance selon le fameux article 4 de son code de déontologie !

Il n’est par ailleurs que question de coût durant cet entretien avec Sylvain Girault, et non de sécurité des automobilistes car, pour le vice-président «in fine, c’est le propriétaire du véhicule et l’assuré qui s’y retrouvent puisque l’on a des cotisations d’assurance qui sont maîtrisées».

Ou comment redonner du pouvoir d’achat aux automobilistes… dans l’intérêt bien compris des experts et des assurances qui les mandatent !

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8 Commentaires concernant “France 2 : les experts en flagrant délit de dépendance!”

  1. […] France 2 : les experts en flagrant délit de dépendance! […]

  2. Alors Antoine, peut-être travaillez-vous sans objectif ???
    Ayant quitté l’expertise « assurance » il y a presque 10 ans, je tiens à votre disposition le même type de feuille avec statistiques à tenir car je les ai conservées…
    C’est la pure réalité, je confirme à 100% !
    Je ne sais pas dans quel pays vous êtes, peut-être celui des bisounours, ou alors vous êtes responsable d’un cabinet (donc bien placé pour confirmer) ou à l’ANEA qui brasse beaucoup de vent, mais sans beaucoup d’effets… concrets…
    Arrêtez de mettre la tête dans le sable pour ne pas voir ce qu’il se passe, cela fait des années que cela dure (j’ai commencé l’expertise en 2001 et c’était déjà comme cela) et cela va de mal en pis.
    La maîtrise de la réparation ou des valeurs ne va pas influer sur les cotisations; les dires de Mr Girault sont une honte !
    De quoi se mêle-t-il ? Depuis quand ce monsieur est le porte parole des assureurs ? Il a perdu une occasion de se taire sur ce coup là…
    Si les assureurs veulent vraiment baisser le coût de la réparation, qu’ils aillent frapper à la porte des constructeurs pour revoir le prix des pièces, qu’ils laissent les réparateurs réparer en gagnant leurs vies, les experts faire les expertises mandatées par les assurés et on verra

  3. Bonjour, je tiens juste à rappeler que Les experts sont des professionnels régis par le code de la route, en cas de sinistre responsable ou non, l’automobiliste a le choix de son réparateur. Il n’y a pas d’obligation de contacter en premier son assurance et encore moins de suivre ce qu’il tenterait de vous imposer. Par définition, un expert auto ne peut pas être assureur, un expert a pour mission de contribuer à l’exacte évaluation d’un véhicule accidenté. Un expert est partie prenante de la SÉCURITÉ ROUTIÈRE ce qui n’est pas le rôle premier de l’assureur… La SÉCURITÉ ROUTIÈRE NE SE « SCORE PAS « , LA SÛRETÉ DES AUTOMOBILISTES N’A PAS DE PRIX. ON PEUT MÊME DIRE QUE RENTABILITÉ NE RIME PAS AVEC SÉCURITÉ… donc Antoine mesurez vos propos ou alors développez les !!!!!

  4. Il y avait eu un précédent en 1984 avec des épaves qui retrouvaient vie à la MAAF, affaire qui avait fait grand bruit à l’époque, avec quelques limogeages de cadres de la mutuelle.

    Toujours est-il que c’est au propriétaire du véhicule de missionner l’expert.

  5. Si même l’ANEA trouve légitime que les remboursements des assurés soient minimisés « dans le but de réduire les cotisations et donc dans l’intérêt des assurés« , cela devient pitoyable. L’assureur est payé par l’assuré pour le dédommagé d’un préjudice qui doit être estimé en toute impartialité par l’expert automobile. L’assuré victime ne doit pas perdre de l’argent « pour la cause commune » des assurés. Il doit être remboursé de l’intégralité de son préjudice, point. Je n’adhère pas du tout au discours de l’ANEA concernant ce point. Chacun paie sa cotisation pour être remboursé au juste prix, pas pour être mal remboursé au nom d’un intérêt commun qui est surtout celui des assureurs, et aussi celui des experts s’ils veulent conserver leur marché avec les assureurs…
    Dans le cas de véhicule réparable, le fait de minimiser le coût de la réparation, toujours dans un but « d’économie pour le consommateur » au final bien sûr (…) est en contradiction avec le rôle sécuritaire de l’expert: combien de contrôle de géométrie des trains roulants non préconisés pour économiser le coût de cette opération, alors qu’elle permet de s’assurer que le véhicule n’a pas subi de dommage au niveau des trains roulants?? Combien d’heures non accordées pour réparer un véhicule correctement? Combien de pièces non remplacées et réparées « comme on peut » (voir les pare-chocs en plastique réparés avec des matières rigides qui n’ont pas les mêmes capacités d’absorption des chocs légers que la matière d’origine)?
    Et maintenant sortent des affaires de trafic de véhicules réparés avec des pièces volées, par des réparateurs, des experts véreux… Bien sûr, ce ne sont que des cas isolés. Mais à l’heure où l’image de l’expert est mise à mal, cela ne fait que renforcer le coté mystique de l’expert, qui fait des valeurs, chiffre des réparations, accorde des remises en circulation ou non de véhicule sans se justifier parfois… mais surtout en allant dans le sens de l’intérêt des assureurs (économique l’intérêt, pas sécuritaire: ce n’est pas leur problème).
    J’aimerais bien que l’ANEA se positionne clairement vis-à-vis de l’actualité, surtout si les experts incriminés sont membres, que la FIEA sanctionne définitivement ces experts. Et aussi que l’ANEA revoit sa position vis-à-vis des donneurs d’ordre: on ne doit pas subir de pression vis-à-vis des coûts de sinistre dans la mesure où on n’est pas responsable de la gravité des sinistres subis par les véhicules que l’on expertise. Que l’on soit fliqué pour les délais, la qualité du travail effectué, le coût de nos prestations (concurrence oblige), c’est normal. Mais que l’on nous pousse à diminuer les coûts sinistre et les valeurs des véhicules, sous peine de perdre le marché au profit de confrères plus soucieux de ne pas lâcher l’argent de l’assureur que de remettre l’assuré dans sa situation d’avant le sinistre, ce n’est pas normal. Le droit du consommateur est à ce niveau bafoué. L’expert médiateur entre le réparateur, l’assuré et l’assureur n’est au final qu’un économiste pour l’assureur…

  6. Bonjour, je trouve pourtant ce reportage collant très près de la réalité. Étant du métier, je constate en effet que les experts ne sont plus indépendants, et jouent tous les ans avec les assureurs un jeu de chaise musicale, ou celui qui a coûté le plus cher à la compagnie se fait éjecter du jeu… Maintenant, expliquez-moi votre point de vue avant de dire que c’est lamentable ?

  7. Bonjour
    Un reportage télé de journaliste, on lui fait dire ce que l’on veut!!! Et comme à chaque fois, le spectateur lambda « boit » les dites de la télé. Lamentable et pathétique.

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