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Assureurs et carrossiers : la grande peur du véhicule autonome

Les véhicules autonomes et semi-autonomes annoncent une réduction de 80% de la sinistralité d’ici 2030, prédisent les Augures. Les assureurs, qui ont peur de l’accident industriel, pensent déjà à assurer la «mobilité multimodale», puisque l’essentiel de leur chiffre d’affaires en assurance automobile “classique” doit s’évaporer. Si les prédictions sont vraies, les carrossiers, eux, doivent aussi commencer à repenser leurs entreprises…

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Ce faux panneau énonçant « l’interdiction d’avoir un accident » et prétendument testé à Lille depuis mi-2015, pourrait en revanche devenir celui de l’ère du véhicule autonome et semi-autonome, qui ambitionnent ensemble 80% de sinistres en moins d’ici 2030…

«60% de notre chiffre d’affaires concernent pour l’instant l’assurance automobile. Or ce marché s’apprête à être bouleversé par le véhicule autonome. A long terme, [sa] généralisation signifie que 80 à 90% de l’activité automobile des assureurs pourraient disparaître, en même temps que la sinistralité». Elle est lourde de plusieurs sens, cette affirmation qui vient du très sérieux directeur général de la MAIF, Pascal Demurger, récemment interviewé par notre confrère journaldunet.com.

60% du CA d’un assureur comme la MAIF reposent donc sur la seule assurance auto. Ce pourcentage précis, qui n’est pas toujours facile à évaluer au travers des informations habituellement distillées par les compagnies et mutuelles, montre à quel point l’automobile pèse dans les comptes et d’assureurs et conditionne donc leurs résultats. Il explique, s’il en fallait encore la preuve, combien il est important pour eux de maintenir la réparation-collision sous contrôle pour préserver leurs profits. Et combien les contournements du libre choix, la pression sur les experts et la stratégie des agréments vers les carrossiers moins-disants, directement ou au travers des plateformes de gestion de sinistres, ont un bel avenir…

80% de sinistres en moins d’ici 15 ans

Le second sens de l’affirmation est plus interpellant encore, puisque la MAIF l’annonce assez clairement et logiquement : qui dit généralisation du véhicule autonome dit évaporation de la sinistralité automobile. Selon Matthieu Noël, consultant automobile du cabinet de conseil Ptolemus, «sur les marchés matures comme l’Allemagne, la croissance progressive du véhicule sans chauffeur pourrait réduire le revenu total de l’assurance automobile de 40% d’ici 2030. Sur toute l’Europe, ce recul est estimé à 25% car la croissance du véhicule autonome sera moins rapide dans certains pays comme la France, où le taux de renouvellement du parc automobile est moins élevé». Au final, il estime tout de même qu’en 2030 toujours −soit dans moins de 15 ans !−, 80% des sinistres seront évités par les véhicules autonomes…

Du point de vue de la réparation-collision, les sinistres ont donc… un sinistre avenir. A un horizon de 10 à 15 ans, les carrossiers vont donc croiser l’émergence d’un ennemi bien plus menaçant pour leur activité que l’actuelle baisse du kilométrage moyen, les meilleurs comportements routiers ou la peur croissante du contrôle qui, ensemble, génèrent déjà un recul de 5% par an de la sinistralité en moyenne. Les véhicules autonomes et, avant cela, la systématisation déjà amorcée de toutes les aides au freinage automatique déployées par la “semi-autonomie”, vont réduire petit à petit tous ces petits chocs avant qui font actuellement 75% des entrées-atelier. Évidemment, l’inertie du renouvellement du parc leur promet encore de belles années. Et peut-être même meilleures que les précédentes dans une phase intermédiaire puisqu’un véhicule semi-autonome ou autonome freinant immédiatement et optimalement aura longtemps la possibilité d’être suivi par un véhicule à simple “commande humaine” qui réagirait moins promptement et moins efficacement. Voilà qui promet pour longtemps d’étonnants carambolages “en pointillés”, selon que le véhicule qui précède ou suit soit autonome, semi-autonome ou classique…

Les assureurs veulent éviter l’accident industriel

Pour les assureurs dont le métier est de prévoir l’avenir, la cause semble déjà entendue même s’il faudra du temps : un jour prochain, la sinistralité telle qu’on la connaît aujourd’hui sera donc devenue presque marginale, puisque seulement 20% des sinistres actuels semblent devoir perdurer à terme. Il leur faut déjà prévoir des produits de remplacement et la chose est faite : si la voiture classique doit disparaître, la mobilité, elle, a toujours de l’avenir. le DG de la MAIF pense déjà à des produits d’assurance de «trajets multimodaux» consistant à assurer tout type de déplacement d’un point A à un point B, qu’il passe par le bus, le métro, l’auto-partage, le co-voiturage, etc., etc.

Reste quand même une infinité de questions à régler qui n’ont rien de simple. Quelles évolutions de législation faut-il prévoir ? En cas d’accident d’un véhicule autonome, comment savoir si le conducteur était ou non en état de vigilance ? Comment accéder aux données nécessaires pour établir la responsabilité, si ce n’est, comme le demandent déjà les assureurs, en s’assurant à la fois du libre accès aux données et de la garantie qu’elles ne peuvent être modifiées ? Quelles boîtes noires prévoir donc ?

Pendant que les assureurs s’astreignent à prévoir un avenir qui leur permette d’éviter l’accident industriel induit par la marginalisation de la sinistralité automobile, une certitude au moins : les carrossiers, eux aussi, doivent donc s’attendre à une chute de 80% de la réparation-collision dans un monde où le conducteur aura renoncé à conduire de lui-même. Si le véhicule autonome s’impose vraiment, bien sûr ; et en sachant qu’ils ont encore de longues années pour repenser l’avenir de leurs entreprises…

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4 Commentaires concernant “Assureurs et carrossiers : la grande peur du véhicule autonome”

  1. On peut aussi se poser la question suivante:
    Que va choisir la voiture autonome entre éviter d’écraser un enfant qui traverse une voie de circulation et percuter le poids lourd?
    Elle fera son choix entre les indemnités qu’il faudra versé à l’enfant où en fonction de l’assurance vie qu’aura souscrit le conducteur?

    NdlR: Bonne question… qui fait effectivement froid dans le dos.

  2. Bonjour, nice article!

  3. Après nous avoir dit pendant des années que les compagnies d’assurances perdaient de l’argent avec les contrats autos, elles devraient être satisfaites de perdre 60% de leur chiffre d’affaires.
    Dans leur logique cela devrait plutôt assainir leur situation financière!
    Ou alors je n’y comprends plus rien!
    Quand à l’avenir des carrossiers il ne resterait que la restauration des véhicules anciens!

  4. Très intéressant article sur ce sujet remis récemment au grand jour notamment à l’occasion du Salon de Paris.
    Comme pour les prototypes d’autos aux carrosseries et intérieurs futuristes, beaucoup ne voient d’ailleurs jamais le jour, nombre de constructeur font le pari de ces technologies nées de l’avènement de l’informatique et de la géolocalisation.
    Pour autant et comme c’est le cas pour d’autres moyens de transport comme l’aviation, je reste quelque peu mesuré sur les propos de Pascal Demurger et ceux de Matthieu Noël. Ma vision du futur est quelque peu différente même si ces interrogations sont fondées et doivent être l’objet de sérieuses réflexions. D’autres paramètres me semblent largement oubliés dans leurs analyses.
    L’autonomie des véhicules telle qu’elle se présente actuellement, si intéressante soit elle et pseudo sécuritaire puisse t-elle être présentée reste, en l’état actuel des réseaux routiers de l’ensemble des pays qui constituent l’UE, difficilement généralisable. BMW a d’ailleurs présenté son modèle phare sur une « autobahn » qui était bien loin des standards moyens de l’état général de nos voies de circulation…
    Est-ce une raison pour ne pas y croire ? Certainement pas.
    Pourtant, plusieurs facteurs m’interpellent et me laissent à penser que le développement de ce mode alternatif de déplacement, s’il se développe, ne se développera d’abord qu’en milieu urbain et pour des déplacements extrêmement courts. L’association de systemes anti-collision,de géolocalisation et de maîtrise de la vitesse, en l’état actuel des connaissances notamment grâce au véhicule autonome Google laissent à penser que la technologie embarquée ne pourra seule gérer tous les problèmes. D’ailleurs aujourd’hui, quels financements les États et Collectivités pourraient-ils dégager pour contribuer à cet essor quand ces derniers n’arrivent même pas à entretenir les réseaux existants ou en pré développer les transports collectifs, traditionnels ou propres ?
    De plus, il y a de telles disparités entre les États quant à l’importance des réseaux autoroutiers que ce ne sont pas les Provinciaux qui vont, sur leurs réseaux secondaires difficiles et mal entretenus, adopter ces solutions du « tout technologique ».
    Par ailleurs, faudra t-il enfin parler du coût global de ces solutions pour le citoyen moyen… La technologie à un coût et les revenus moyens des ménages, pas uniquement Français d’ailleurs, seront-ils en phase avec ces solutions et l’offre différenciée si tant est qu’elle le soit rapidement ? Rien n’est moins sûr.
    Enfin, quid de la hausse perpétuelle du trafic général lié notamment aux changements des conditions d’emploi de plus en plus mobiles de nos concitoyens ?
    Ainsi et si ces systèmes devaient se généraliser, ne faut-il pas d’abord s’interroger sur les risques inévitablement liés à une transition de « cohabitation », certainement peu économe en sinistres ?
    Le débat ne fait que s’ouvrir lentement. Les technologies étant diverses, les solutions ne le seront pas moins et vont à n’en pas douter, modifier le sens des réflexions et… de la réalité future.
    Bonne journée.

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