Inscription à la news letter
Notre magazine

Libre choix / note de la Matmut (suite): l’incomplète réponse de la mutuelle

Les multiples réactions au document de la Matmut que nous révélions vendredi dernier ont forcé la mutuelle à sortir de sa réserve. Sans surprise, elle dénonce des «interprétations erronées». Elle réfute avoir voulu ainsi déclencher «une prétendue « riposte aux dispositions de [la] loi Hamon »», ce fameux libre choix du réparateur par le consommateur. Restent quelques questions sans réponse…

Cliquez sur l’image pour lire et télécharger la réponse de la Matmut

Assez logiquement, la Matmut a réagi au « buzz » qu’a suscité notre publication de sa note à ses experts (près de… 11 000 pages vues sur notre site en moins d’une semaine !). L’assureur se devait évidemment de répondre, au vu au moins des réactions émanant successivement de la FNAA, de la FFC et du CNPA, les trois organisations professionnelles défendant les carrossiers. Fortes d’analyses et de craintes convergentes, les fédérations dénonçaient mercredi, coup sur coup, ce qu’elles considèrent comme une contre-offensive inacceptable au tout nouveau « libre choix du réparateur par le consommateur » (pour retrouver ces réactions, cliquez ici).

Si la mutuelle ne souhaite pas répondre à notre demande d’interview (pas plus d’ailleurs que l’ANEA, la principale fédération d’Experts, voir «Les experts en panne de voix officielle»), elle a en revanche tenu à nous faire parvenir hier matin, comme à nos confrères qui ont sollicité sa position, le communiqué téléchargeable ci-dessus.

«Interprétations erronées»
Sans surprise, la Matmut y dénonce les «interprétations erronées» de sa note qu’elle présente comme un simple rappel «des moyens dont [les experts de son réseau] disposent pour jouer leur rôle de régulateur économique». Elle réfute avoir voulu ainsi déclencher «une prétendue « riposte aux dispositions de cette loi Hamon » (sic)», avant de préciser que la «diffusion de ce rappel aux experts, à l’approche de l’adoption de cette loi [Hamon], résulte d’une coïncidence». Les présidents carrossiers des FNAA, FFC et CNPA sont donc victimes, au même moment et avec la même gravité, d’une inquiétante poussée de délire paranoïaque…

Elle conclut que «cette procédure [de 3 devis au moins entre réparateurs voisins étant à peu près comparables] «a vocation à n’être mise en œuvre que de façon exceptionnelle, dans des situations d’abus manifeste, et ne vise pas l’immense majorité des réparateurs». Pour légitimer le discours, suivent deux références à la charte des bonnes pratiques Experts/Réparateurs qui vient d’être resignée le 28 janvier 2014 (voir «Charte experts/réparateurs : derrière les nouveautés, quid de sa portée ?»).

Questions sans réponse…
Malgré le souhait de la Matmut de s’en tenir strictement à cette réponse écrite, nous lui avons toutefois demandé des précisions complémentaires sur les quatre points suivants :

  • Quel est le contenu et la portée exacts de l’arrêt de la cour de Cassation de mars 2013 auquel la mutuelle fait référence et qui selon elle «reconnaît la validité d’une indemnisation réalisée dans le cadre de cette procédure» ? Nous avons demandé à la Matmut de nous le transmettre, nos propres recherches ne nous ayant pas encore permis de débusquer l’arrêt en question. Nous y reviendrons dès que nous l’aurons trouvé…
  • Si la procédure comparative de devis «a vocation à n’être mise en œuvre que de façon exceptionnelle, dans des situations d’abus manifeste», pourquoi doit-elle se déclencher, comme le préconise le document de la Matmut, dans le cas d’un devis réparateur «dépassant de 10% au moins (avec un minimum TTC de 150 €) le coût moyen normalement observé dans son secteur d’implantation» ?
    Car le problème, c’est que dans les faits, un tel écart n’est guère exceptionnel. Encore moins « abusif ». Il est même assez courant : pour mémoire, sur une base de près de 5 000 dossiers établis en EAD (expertise à distance) par une célèbre plateforme de gestion de sinistres au début des années 2010, un différentiel de 240 € apparaissait en moyenne entre le devis du « réparateur moyen » et celui, moins élevé, de « l’expert moyen ». Et il s’agissait là d’euros HT, alors que la Matmut met le seuil de déclenchement de sa procédure « exceptionnelle » à 150 € TTC. Il y a des moments étranges où c’est la règle qui se met à confirmer l’exception…
  • Autre question : si l’expert a effectivement pour mission de chiffrer une réparation, a-t-il aussi vocation à déclencher et gérer une étude comparative de devis ? Est-ce vraiment de sa responsabilité que de mener une étude concurrentielle locale systématique, fut-elle rétribuée comme prévu par la Matmut 1,5 fois le tarif habituel ?
  • Quatrième question connexe enfin : dans un contexte de recul structurel du volume des entrées-atelier en réparation-collision et de son douloureux impact sur le chiffre d’affaires des carrossiers, peut-on vraiment considérer de tels contre-devis locaux comme objectivement représentatifs d’une juste estimation du coût de la réparation ? Derrière cette procédure apparemment cadrée, la Matmut ne craint-elle pas d’être accusée de chercher en fait à obtenir un référentiel opportuniste dicté par la peur de rater un « chiffre d’affaires Matmut », surtout venant d’une mutuelle qui se targue de contrôler le flux des sinistres vers ses réparateurs agréés à plus de 70% ?

Malgré nos relances, la Matmut a considéré qu’elle n’a pas à compléter «les éléments d’information déjà transmis» dans son communiqué d’hier. Qui d’ailleurs n’en est pas formellement un : contrairement aux habituels documents destinés à la presse, celui-là n’arbore pas le logo de l’entreprise ni la mise en page et les références habituelles à son service de communication. Une façon de réagir sans s’engager complètement ?

Sur le même sujet:

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (1 votes, moyenne : 4,00 sur 5)
Loading...

1 Commentaire concernant “Libre choix / note de la Matmut (suite): l’incomplète réponse de la mutuelle”

  1. Si feu Michel AUDIARD était encore de ce monde je pense qu’il aurait redit: [i] »Les c… ça osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!!! »[/i]

    D’autre auraient dit: « [i]La différence entre les assureurs et les coïncidences, c’est qu’il y a des coïncidences qui ne trompent pas.[/i] »

    Jusqu’à quand durera ce jeu de dupes entre les donneurs d’ordres (sans mandat écrit du propriétaire du véhicule, ou du détenteur de la carte grise d’ailleurs..) et les experts soi-disant indépendant????

    Un paie l’autre et de fait, lui demande de faire au plus bas pour que l’indemnisation du premier soit la plus basse possible. Mais le second ne peut refuser, vu qu’il perdrait son gagne-pain en perdant les missions et ne pourra en retrouver d’autres auprès d’autres assureurs, attendu que son confrère local obéit bien à ses mandants…

    Comme dans toutes les organisations de professions libérales, on a beau se congratuler et s’appeler « mon Cher Confrère », […] beaucoup attendent de prendre les missions du voisin pour être aussi gros que le bœuf!

    Pire encore: l’instance patronale représentative des experts, elle est unique en France, ne fait aucun bruit dès lors qu’un donneur d’ordre applique sa loi et diffuse une sorte d’édit, d’oukase, d’ordonnance…

    Qui osera refuser ces conditions (qui a priori seraient très rares), d’études de 3 devis sur une zone géographique déterminée? Personne. L’ANEA, c’est comme Pathé Marconi: la voix de son Maître…

    Le pensée unique gangrènerait-elle les apprentis financiers qui on perdu tant d’argent entre les subprimes et les toxiques grecs?

    Pour se refaire on va taper sur les petits, pas trop fort mais un peu, vu que les petits sont nettement plus nombreux que les gros!! Le vieux cliché même pas dépoussiéré qui est ressorti!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*