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Coopératives de réparateurs : la « solution pièces » oubliée…

Foisonnantes dans les années 80, les coopératives de réparateurs ne sont plus que 7 pour 9 points de ventes. Mais les survivantes semblent bien avoir appris de leurs erreurs de jeunesse en se professionnalisant et en se structurant. Elles comptent bien reprendre leur marche en avant, portées par leur avantage prix en ces temps de crise et par le rajeunissement de l’image des coopératives…

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De gauche à droite: Rodolphe Durand (responsable Eurogam), Jacques Thomas (fondateur de la Capail) et Bruno Biard (directeur général de la Capail)

Elles sont les oubliées de la distribution de pièces, cachées qu’elles sont par les problématiques et les stratégies plus médiatisées des groupements de distributeurs-stockistes, des plateformes régionales et autres sites de ventes en ligne vers le grand public ou entre pros. Après avoir foisonné dans les années 80 durant lesquelles on en a compté jusqu’à 30, elles ne sont plus que 7, pour 9 sites répartis essentiellement dans le quart sud-ouest de la France. «Elles», ce sont les coopératives de réparateurs : Camaa 12 (Rodez), Capail (Tours-37), Capam (Pluneret-56), Capa Ouest (St Barthélémy d’Anjou-49 et ses 2 antennes Capa Ouest Cholet et Capa Ouest La Roche-sur-Yon), Coopauto du Limousin (Limoges-87), GPA 65 (Bazet) et Socamav 86 (Poitiers). Regroupées dans une structure fédératrice baptisée Eurogam, elles cumulent un CA de quelque 20 millions d’euros qui placent l’ensemble dans le top 30 de la distribution, entre la plateforme Dasir et Autodistribution Fichou…

Elles paraissent évidemment bien anecdotiques quand on les compare aux milliards d’euros réalisés par les mastodontes que sont Autodistribution, Groupauto et les autres. Mais avec leurs 9 sites, elles ont tout de même su fédérer environ 2 000 réparateurs adhérents, soit quelque 10% de la grande famille des MRA, carrossiers et agents de marque.

Ces coopératives sont aussi la petite partie automobile d’un plus grand tout : la FFCGA (Fédération Française des Coopératives et Groupements d’Artisans), dans laquelle elles puisent une bien plus grande légitimité et une inattendue modernité. Tous secteurs cette fois confondus, on y retrouve 424 coopératives en France qui regroupent 59 000 entreprises artisanales sociétaires et affichent 1,2 milliard d’euros de CA cumulés (chiffres à fin 2013). Et leur nombre s’est régulièrement accru : la FFCGA n’en comptait que 320 en 2005. La récente loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire devrait encore faciliter le développement de ce type d’organisation artisanale, espère la fédération.

A leur plus humble périmètre, les 7 coopératives d’Eurogam ne rougissent pas non plus de leurs chiffres : sur un marché de l’entretien-réparation en baisse, elles revendiquent un constant +5% par an, se réjouit Bruno Biard, directeur général de la Capail de Joué-les Tours qui abrite aussi la structure Eurogam dirigée par Rodolphe Durand.

Mouvement de professionnalisation

Car on est aujourd’hui plutôt loin des 30 coopératives d’antan, juste portées par l’esprit mutualiste et montées par des réparateurs pionniers voulant ainsi contrer les prix agressifs des jeunes centres auto et autres fast fitters. Mais la plupart des initiatives pâtissaient rapidement d’un manque de suivi, victimes du trop grand écart que leurs fondateurs inexpérimentés faisaient ainsi entre leurs entreprises et la coopérative. «C’est d’ailleurs la raison de la disparition des 2/3 d’entre elles», se souvient Jacques Thomas, fondateur de la Capail et aujourd’hui en retraite…

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Les magasiniers de la Capail

Les survivantes de cette grande époque ont semble-t-il tiré quelques leçons de leur brouillonne genèse. Elles se sont maintenant structurées et professionnalisées, à l’image de la Capail qui s’est dotée d’équipes dédiées −«dont des magasiniers-vendeurs», souligne Bruno Biard− et d’un catalogue électronique élaboré avec ETAI. Elle a renforcé ses gammes de pièces (avec une offre différenciée Premium et 1er prix), de pneus, d’outillages et maintenant de consommables carrosserie «pour aider ces derniers à reconstituer leurs faibles marges»…

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Le stock de la coopérative Capail de Joué-les-Tours

La logistique s’est aussi affinée (5 livraisons/jour à la Capail, commandes jusqu’à 19h avec livraison le lendemain matin), tandis qu’une enseigne baptisée «AutoLab» a été lancée en 2012 par les 9 coopératives pour permettre d’aider les réparateurs qui le souhaitent à animer commercialement leurs entreprises (30 adhérents).

Autre compétence nouvelle : «nous accompagnons nos sociétaires en organisation et en gestion», ajoute B. Biard, conscient qu’il faut aider les adhérents à gagner en productivité et en rentabilité.

Les avantages d’une coopérative

Certes, l’environnement concurrentiel de ces “distributeurs-coopérateurs” reste conflictuel. La distribution traditionnelle n’aime évidemment pas la coexistence avec cette concurrence qu’elle surveille d’un œil suspicieux depuis toujours. Certains équipementiers et manufacturiers premium l’ont bien compris, qui restent hésitants à commercer avec ces coopératives, en tout cas directement : «Il nous faut encore trop souvent nous alimenter auprès de plateformes», regrette Bruno Biard…

Mais Eurogam et ses coopératives adhérentes regardent l’avenir avec une sérénité raisonnée : «Nous constatons que les réparateurs, confrontés à un marché de plus en plus difficile, s’intéressent de plus en en plus à l’offre de nos coopératives car elles sont de redoutables armes anti-crise», soulignent R. Durand et B. Biard qui rappellent qu’une pièce achetée à la coopérative «revient 10 à 15% moins cher. C’est là en fait une RFA que le réparateur touche dès l’achat». Sans oublier le deuxième effet “kiss cool” propre au statut de coopérative : «En fin d’année, le bénéfice réalisé par la coopérative est obligatoirement dispatché entre chaque sociétaire».

Croître en nombre

Reste à relever deux challenges. Le premier consiste bien sûr à éveiller des vocations pour essaimer de nouvelles coopératives : «Avec la FFCGA et les chambres des métiers, nous organisons des réunions régulières pour relancer cette idée qui revient dans l’air du temps», expliquent R. Durand et B. Biard. Ils sont prêts à épauler activement les candidats, forts de leur expérience et de leur organisation qui doivent permettre d’éviter les écueils du passé.

Ils restent aussi au contact des organisations professionnelles pour y porter leur bonne parole. Car les coopératives ont besoin de tous les relais pour réussir leur second challenge : recruter d’autres réparateurs sociétaires pour faire grossir l’activité existante, gage de plus gros volumes et donc, de meilleurs prix. «Il y a bien sûr des réparateurs très impliqués historiquement qui privilégient au maximum leurs achats chez nous, conscients que mieux acheter leur permet de conforter leurs marges et/ou de mieux s’adapter à des consommateurs en quête de meilleurs prix», se félicitent les animateurs. «Mais ce n’est pas le cas de tous, loin s’en faut. Notre ambition n’est de toute façon pas de nous poser en alternative à tous les achats des réparateurs, mais au moins de devenir un profitable complément pour un maximum d’entre eux sans qu’ils perdent du temps à le rechercher par eux-mêmes comme c’est de plus en plus souvent le cas».

C’est là toute la raison d’être d’une coopérative de réparateurs, conclut le fondateur Jacques Thomas qui continue d’y croire dur comme fer : leur permettre de rester au contact des attentes de leurs clients automobilistes «en vivant honnêtement, de marges honnêtes, par des prix honnêtes».

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