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Dieselgate (suite) : l’étrange retour de Bosch dans le dossier VW

Bosch n’apprécie sûrement pas, mais c’est ainsi : une dépêche de l’agence Reuters vient d’annoncer que la justice américaine enquête sur son rôle possible dans le scandale des 11 millions de moteurs truqués (au moins) de Volkswagen. Bosch s’en sortira probablement blanchi. Mais quelle histoire cet épisode équipementier sert-il vraiment ?

Bosch_juge_USA

Pourquoi diable Bosch se retrouve-t-il à nouveau dans l’enquête américaine sur les moteurs truqués de Volkswagen ?

«Il n’y a aucune indication selon laquelle le parquet aurait trouvé des preuves d’irrégularités commises par Bosch». Cette phrase rassurante, issue d’une “source proche du dossier” actuellement instruit aux États-Unis sur les tricheries VW, n’adoucira pas complètement cette récente et désagréable surprise pour Bosch : son nom vient de faire un vilain retour médiatique dans l’affaire. Car en effet, l’agence Reuters a récemment révélé que les autorités américaines ont lancé des investigations sur le premier équipementier mondial dans une enquête connexe à l’inédit scandale VW. Elles veulent évaluer «son rôle dans le trucage à grande échelle par Volkswagen des tests antipollution».

Bosch doit évidemment être embarrassé par ce désagréable effet boomerang, lui qui reste respectueusement prisonnier de la confidentialité qui le lie à son client Volkswagen, mais déteste logiquement tout ce qui peut entacher sa marque et son image.

Un communiqué Bosch suffit

L’équipementier a toutefois décidé de ne pas commenter cette information, comme d’ailleurs s’en abstiennent aussi VW et le ministère américain de la Justice. Il est vrai qu’il avait déjà dit l’essentiel, forcé qu’il était de sortir brièvement de sa réserve le 27 septembre dernier, après que le journal allemand Bild l’ait cité une première fois. Ce dernier venait de révéler que le logiciel truqueur installé sur les 11 millions de moteurs VW en question était d’origine Bosch (voir «le délicat communiqué d’un Bosch impliqué mais tenu à la confidentialité»). L’équipementier avait alors dû communiquer en remettant poliment le problème dans la cour de son prestigieux client. Il pesait probablement chaque mot de ses deux importantes phrases suivantes : «Comme il est d’usage dans l’industrie automobile, Bosch en sa qualité d’équipementier livre les composants selon les spécifications du constructeur. La calibration de ces composants et leur intégration dans le système global du véhicule interviennent chez le constructeur».

En outre, le journal Bild avait parallèlement dédouané l’équipementier en précisant que ce logiciel avait été fourni à Volkswagen en 2007 dans le seul cadre de tests internes. L’article précisait également que, sur la foi de documents consultés par le journaliste, Bosch avait clairement prévenu il y a 8 ans que l’installation de ce logiciel sur des véhicules serait «illégale».

Cette précaution légale peut surprendre à rebours, tant elle semble être exhumée fort à propos. Mais elle est pourtant très courante dans le secteur des grands systémiers de l’industrie automobile. Et le très procédural Bosch ne s’en est certainement pas affranchi, lui qui veille avec une égale rigueur toute germanique sur ses secrets industriels comme sur ses process techniques et légaux.

D’autres raisons moins automobiles ?

Si Bosch a donc très peu de chances d’être effectivement impliqué, reste à comprendre la raison de cette “fuite” captée par l’agence Reuters. Les autorités américaines cherchent-elles juste à sérier et isoler plus clairement la seule responsabilité de Volkswagen ? Ou tentent-elles d’élargir plus cyniquement les responsabilités dans une pure stratégie de ponction pécuniaire qui est l’une des caractéristiques si spécifiques à la justice d’outre-Atlantique ? En la matière, le premier constructeur mondial et ses 200 milliards d’euros de CA, comme le premier équipementier mondial et ses presque 50 milliards, constituent il est vrai une attractive potentialité de dédommagements.

Mais d’autres observateurs craignent aussi qu’une dimension plus économique et plus politique ne soit venue polluer cette enquête. En rappelant d’abord d’interpellantes concomitances entre la date du déclenchement du scandale et celles d’événements propices à un indiscutable “effet loupe” : en plein Salon de Francfort, sanctuaire triomphant de Volkswagen ; juste après que le constructeur ait officiellement détrôné Toyota du premier rang mondial ; au moment aussi où l’industrie automobile américaine renaît d’un presque KO financier et technologique qui a failli l’emporter lors de la récente et “pire-crise-économique-depuis-1929”.

En se demandant ensuite si cette soudaine et violente mise en ballottage défavorable de la puissante industrie automobile allemande n’a pas quelque indirect mais opportun intérêt pour fluidifier les difficiles négociations du Traité Transatlantique −le fameux et redouté “TAFTA” pour «Transatlantic Free Trade Agreement». En “mettant minable” un tel fleuron industriel européen (et même s’il a fait tout seul ce qu’il fallait pour) , les négociateurs pourraient-ils venir affaiblir les positions fermes d’une Europe qui résiste à ce projet de traité si cher aux multinationales américaines ? A tout le moins, espérer quelque concession en échange d’un peu de mansuétude ? Il est vrai qu’elles salivent, ces gigantesques firmes, à l’idée des formidables opportunités issues d’un texte qui pourrait leur permettre de se hisser commercialement et judiciairement à égalité de pouvoir avec des pays entiers de notre vieux Continent.

Mais où irait-on si on commençait à tout passer au prisme de la théorie des complots et à mettre en doute même l’indépendance d’une justice américaine qu’on réduirait ainsi à un servile coup d’épaule aux intérêts mondiaux de son industrie ?

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