Inscription à la news letter
Notre magazine

PSA : les nouvelles plateformes pièces multimarque arrivent !

Au travers de la toute récente inauguration de la nouvelle plaque PR de PSA Retail à Marseille-Marignane, PSA commence à préciser ses ambitions en matière de pièces de rechange. Le pari est ambitieux, audacieux même et la distribution de pièces de pièces équipementières, presque officiellement assumée. Restent encore des questions sans réponses, notamment sur la pertinence de seulement 40 plateformes PR pour incarner le distributeur PR multimarque performant et conquérant qu’ambitionne de devenir PSA…

plateforme_PSA_marseille_marignane

L’équipe de la toute nouvelle plaque PR de PSA à Marseille-Marignane

C’est parti ! PSA, via sa filiale de Distribution PSA Retail(*), a annoncé le 28 juin dernier l’ouverture de la plaque de Marseille-Marignane, autrement dit la première plateforme PR filiale du constructeur chargée de stocker et distribuer les pièces constructeurs (Peugeot, Citroën, DS et Eurorepar) et des pièces multimarque équipementières. Même si le groupe Bernier a déjà fait connaître son intention d’en déployer une en région Centre, cette plaque phocéenne est un événement en soi, puisqu’il s’agit de la première matérialisation officielle et opérationnelle de la nouvelle stratégie pièces de rechange de PSA que nous avons déjà largement analysée et commentée dans ces colonnes.

Avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 80 millions d’euros, cette plaque illustre toute l’ambition du plan logistique PR du constructeur. Elle vise le doublement de ses clients réparateurs (800 déjà en portefeuille en 2016, 1 600 en 2017) en leur proposant, sur 5 900 m2, «environ 20 000 références de pièces d’origine des marques Peugeot, Citroën, DS et Eurorepar», sans compter «l’ensemble des autres références que le groupe PSA déciderait de commercialiser dans le cadre de sa politique PR de demain». Vous aurez noté cet inattendu conditionnel étonnamment pudique, quand on sait que les équipementiers ont déjà commencé à livrer massivement Vesoul en pièces de leurs marques…

Ce centre logistique marseillais est le premier des 40 que PSA Retail a prévu de prendre à sa charge en Europe (12 en France et 28 en UK, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Suisse, Italie, Espagne, Portugal). Les 6 prévus à Bordeaux, Gonesse, Lille, Lyon, Morangis et Nantes seront issus de plateformes PR déjà existantes ; les 6 autres sortent de terre à Marseille donc, puis à Nice, Rennes, Toulouse, en Alsace et en Normandie. Pour mémoire, ces 40 plateformes de PSA Retail s’inscrivent dans l’objectif total de 140 plateformes PR en Europe, dont environ 40 en France. les 100 plaques complémentaires à celles dévolues à PSA Retail seront confiées à des investisseurs privés des réseaux Peugeot et Citroën.

Et la pièce équipementière ?

Au cours de cette inauguration marseillaise, PSA a donc levé une partie du voile qui pèse encore sur cette nouvelle organisation logistique annoncée depuis février 2015. Mais une partie seulement : cette plaque Marseille-Marignane illustre certes le nouveau schéma de distribution PR, mais à la seule aune des pièces dites d’origine (Peugeot, Citroën et DS) et MDD (Eurorepar). La vraie révolution concernant la distribution conjointe de pièces équipementières ne sera détaillée que lundi prochain, à l’occasion d’une autre réunion presse organisée cette fois par la Direction Pièces et Service du groupe PSA. Nous y reviendrons bien évidemment…

En attendant, PSA Retail a tout de même fourni quelques détails intéressants qui confirment la volonté claire et nette de ces nouvelles plaques PR de livrer directement les commandes de pièces à tous types de clients réparateurs. Dans les deux schémas ci-dessous, ce sont bien elles qui sont maintenant seules DOPR (Distributeur Officiel Pièces de Rechange) en lieu et place des ex-DOPR/concessionnaires qui sont résiliés à cet effet depuis l’an dernier, à échéance fin 2017. Leurs espoirs de repêchage deviennent donc ténus, puisqu’ils apparaissent dans le document comme simples RAC/DVN (Réparateur Agréé Carrosserie/Distributeur Véhicules Neufs), ou RA/DVN (Réparateur Agréé/ Distributeur Véhicules Neufs) et sont livrés comme les agents (RAC et RA), les Euro Repar Car Service et les MRA (RI pour «Réparateurs Indépendants»).

Il reste donc encore à comprendre comment les concessionnaires privés de l’activité pièces dès janvier 2018 pourront équilibrer leurs comptes de résultats, car ce n’est pas la fonction d’animation après-vente des agents qui leur est dévolue (en pointillé sur le graphique) qui compensera le manque à gagner…

PSA_logistique_PR_schema

DOPR: Distributeur Officiel Pièces de Rechange; RAC : Réparateur Agréé Carrosserie; DVN : Distributeur Véhicules Neufs; RA: Réparateur Agréé; RI : Réparateur Indépendant.

 

PSA_logistique_PR_avant_après

On voit clairement que le gain se fait dans la concentration géographique via les nouvelles plaques PR. Mais on se demande toujours comment la réduction du nombre de DOPR par 10 (400 concessionnaires Peugeot et Citroën pour 40 plateformes françaises programmées) permettra de vendre plus, la proximité étant l’une des clés de l’efficacité…

Une nouvelle logistique, mais pour quelle ambition ?

L’exemple de la plaque de Marseille-Marignane a aussi permis de préciser la nature du rythme et de la qualité des livraisons que ces nouvelles plateformes PR de PSA veulent promettre à leurs clients réparateurs. Avec un « isochrone » de 1h30 (terme savant pour décrire un temps de trajet moyen sur la zone de distribution), la plaque PR de Marseille ambitionne de livrer 2 à 3 fois par jour en 90 minutes en moyenne.

2 à 3 fois par jour… On peut admettre que cette fréquence soit en phase avec les attentes des réparateurs agréés et des réparateurs Euro Repar Car Service en ce qui concerne les pièces des marques du groupe et la MDD Eurorepar. Surtout une fois que PSA Retail a avoué que l’on passera ainsi d’un peu glorieux taux de service actuel de 70% pour le porter à 85%, voire «à 95% à J+1». Dans l’absolu donc, ce mieux sera spectaculaire et probablement perceptible par les clients réparateurs naturels des DOPR PSA. Mais ce taux de service semble encore un peu faible, une fois comparé à la promesse que tient déjà la rechange indépendante. Surtout s’il veut garantir le succès commercial des plaques PR en matière de pièces équipementières destinées aux réparateurs indépendants. De deux choses l’une donc :

  • si PSA intègre la pièce équipementière pour seulement permettre à ses propres ateliers et, à la marge, à ceux de ses déjà clients indépendants, d’accéder à des pièces moins chères afin d’entretenir et réparer à meilleur prix les seuls anciens véhicules d’origine PSA, la nouvelle stratégie de plaques a du sens. En l’état, elle peut en effet améliorer l’efficacité logistique existante tout en permettant de mieux servir le fond de parc des véhicules des marques PSA qui échappe de plus en plus aux concessionnaires, à condition tout de même d’aller commercialement les chercher.
  • Mais si en revanche PSA veut ainsi, réellement, faire le même métier que la distribution indépendante pour aller draguer les clients réparateurs de cette dernière, la marche risque de demeurer trop haute. Car en face, Autodistribution aligne 1 million de références via 355 points de vente (sans compter les Doyen/API nouvellement arrivés), renforcés par un réseau de plateformes régionales, de plateformes techniques et spécialisées ; même chanson pour Groupauto/Partner’s/Precisium, ses 255 points de vente, ses plateformes régionales et autres centres techniques et spécialisés. Il faut y ajouter les Autolia et ses groupements adhérents, Flauraud, le jeune et ambitieux Nexus et son ID Rechange ainsi qu’une flopée d’indépendants aux encrages régionaux et locaux tout aussi forts.

Pourtant, c’est bien le métier des distributeurs traditionnels que semble vouloir s’approprier PSA. Pour que ses ambitions de croissance pièces se réalisent, PSA Retail estime que la part des achats pièces des réparateurs indépendants doit monter à 50% de son chiffre d’affaires, contre les 18 à 20% actuels. Quand on voit que PSA Retail ambitionne à lui seul de générer un CA additionnel en 5 ans de 800 millions d’euros au seul périmètre de ses 40 plateformes filiales (1,2 milliard en 2015, 2 milliards en 2020), on calcule aisément ce qu’espère le constructeur des 140 programmées en Europe : au moins 1, 5 milliard d’euros additionnels en 5 ans, soit l’équivalent… de tout un Autodistribution ou de tout un Groupauto.

Dans ce contexte, 2 à 3 livraisons/jour depuis ces plaques PR suffiront-elles à PSA pour faire la différence espérée ? Et surtout, pour inspirer une préférence de la part de réparateurs indépendants pour qui le constructeur est a fortiori un concurrent atavique plus qu’il n’est un partenaire attendu ? Un temps de livraison de 90 minutes −en moyenne− sera-t-il suffisant quand la rechange traditionnelle s’organise déjà pour tendre vers le standard nord-européen de 30 mn maxi ? PSA n’a-t-il pas préformaté son offre logistique en fonction du rattrapage qu’il compte offrir à ses propres réseaux (encore une fois, passer ainsi de 70% à 85% de taux de service), au lieu de l’organiser pour tutoyer au moins d’office les 85% à 95% que le tissu des distributeurs et groupements indépendants, autrement plus denses et complémentaires, garantissent déjà le jour même ? Ou PSA n’a-t-il pas encore tout dit ?

Autant de questions que nous sommes pressés de poser à la direction des pièces et services qui semble décidée à tout expliquer à la presse lundi prochain. En tout cas, si PSA réussit son coup et qu’il est en outre imité par ses concurrents constructeurs comme cela semble déjà s’annoncer, la guerre de la pièce française et européenne s’annonce de toute façon sanglante.

Comme d’habitude, on vous tiendra au courant…

(*)Retail est le groupe de distribution automobile du groupe PSA. 2ème groupe de distribution automobile en Europe, il compte 10 900 collaborateurs. En 2015, il a commercialisé plus de 500 000 véhicules (VN & VO) dans 13 pays et 300 points de vente, pour un chiffre d’affaires supérieur à 7 milliards d’euros, réalisé plus de 5,1 millions d’heures d’après-vente et vendu pour 1,3 milliards d’euros de pièces de rechange.

Note de l'article
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (7 votes, moyenne : 4,14 sur 5)
Loading...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


*